A vélo dans le blanc

Depuis quelques années, dans la région genevoise, nous avons la chance de voir régulièrement le paysage blanchir en hiver. Les accumulations de 5 à 15 cm de neige au sol ne sont plus exceptionnelles : les 11 et 12 février derniers, il en est tombé 24 cm !

J’aime le silence feutré qui s’étend alors sur la ville d’habitude si bruyante, ainsi que la lumière franche du blanc qui fait battre en retraite le gris terne du stratus, du béton sale et des concentrations toxiques de particules fines.

A vélo sur la neigeBien sûr, dès le milieu de la nuit, c’est le branle-bas de combat à la voirie. De pauvres diables qui seraient bien mieux dans leur lit s’agitent là-dehors pour permettre au grand cirque de reprendre, sans retard, à l’ouverture des bureaux : bal des chasse-neiges, parfois heureusement inspiré (!), épandage de tonnes de sel qui attaque les arbres et finit dans les rivières.

Le blanc cède donc vite à nouveau la place au gris dégueu, tandis que le chaos automobile quotidien se met en place, avec son cortège de conséquences : le bruit, l’air irrespirable, les visages tendus, l’agressivité. La féérie silencieuse ne peut rivaliser avec les impératifs de la surproduction, de la surconsommation, de l’accumulation matérielle et du lissage des consciences – en un mot : de l’aliénation. Et dans ce domaine, à Genève, on est très forts – il suffit de compter les banques pour s’en convaincre !

Alors, il est temps de filer en brousse. Avec un VTT équipé de pneus à crampons, voire même avec un vélo tous chemins (VTC), et tant qu’il n’y a pas plus de 10-15 cm de neige, c’est tout à fait faisable. Au-delà, il vaut mieux chausser des raquettes ou des skis de fond.

Évidemment, on choisit des itinéraires protégés (pistes cyclables hors chaussée, trottoirs) pour sortir de l’agglomération, sinon l’escapade est risquée. Une sélection de routes recommandées pour des sorties hivernales sera un jour ou l’autre publiée sur le site, mais on peut déjà se lancer sans souci sur celle-ci.

A vélo sur la neigeLa conduite d’un deux-roues sur la neige requiert une grande concentration, mais également de la souplesse : dans la tenue du guidon, comme dans le dosage de la puissance de pédalage et l’utilisation des freins. Il va de soi que sur des sols enneigés ou verglacés, le frein avant ne servira pas de la journée. Pour se donner du courage, on peut se dire qu’à vélo, avec des roues de 16 pouces et des pneus à crampons, roulant sur un véhicule pesant entre 10 et 15 kg, on est nettement plus efficace que n’importe quel conducteur de scooter ou de moto de route.

A vélo sur la neigeDe manière générale, il faut adopter des rapports plus courts (plus petite vitesse) que sur route sèche, afin d’éviter d’appuyer trop fort sur les pédales et de provoquer une perte d’adhérence de la roue arrière. Lorsque la neige n’est pas tassée, la roue avant va littéralement chercher sa trajectoire en fonction des caractéristiques physiques de la neige et du sol sous-jacent : on prendra alors garde de ne pas exercer de contrôle trop rigide sur la direction et de reporter son poids le plus possible sur la roue arrière, comme à ski lorsqu’on aborde une pente de poudreuse. La conduite sera très douce mais pas forcément rectiligne, évoquant parfois un mouvement sur l’eau.

A vélo sur la neigeIl importe aussi de faire attention, avant de partir, à la qualité de la neige recouvrant les chaussées : s’il s’agit de neige mouillée, lourde (température égale ou supérieure à 0°C), mieux vaut renoncer à une balade qui peut se révéler dangereuse. Par contre, en cas de froid vif, la neige sera sèche et les pneus y adhéreront de manière tout à fait satisfaisante – mais gare aux plaques de verglas ou de glace sous-jacentes !

A vélo sur la neigeLes problèmes que l’on risque de rencontrer lors d’une sortie hivernale sont, selon mon expérience, les suivants :

– en zone urbaine, des pistes cyclables souvent impraticables en raison de l’accumulation de neige chassée de la chaussée principale par les véhicules de déneigement (on les en remercie) ;
– le dérailleur et les freins (classiques ou à disque) qui gèlent, et une fin de balade sans possibilité de changer de vitesse, ni d’utiliser les freins ;
– les pieds, qui gèlent eux aussi ;
– un épuisement plus rapide, en raison à la fois de l’effort supplémentaire que requiert le pédalage dans la neige, de la lutte contre le froid et de la concentration requise, en particulier visuelle, pour repérer les plaques de verglas et toute autre situation susceptible de provoquer une chute.

A vélo sur la neigeOn peut toutefois relativiser ces risques : au cours des 4 derniers hivers, je ne suis tombé qu’une seule fois, à cause d’une plaque de verglas dans un virage à l’ombre. Par ailleurs, si l’on est bien équipé, il n’y a pas de raison de craindre les basses températures.

A vélo sur la neigeEn fin de compte, ces quelques inconvénients ne sauraient ternir le bonheur d’une vraie journée de liberté, dans la campagne silencieuse, lumineuse et déserte – quand tout le monde est bloqué dans les embouteillages ou fait la queue en station de ski. Vous aurez en outre le plaisir de vous sentir une âme de pionnier, car il y a fort à parier que vous ne croiserez aucun autre vélo ce jour-là!

A vélo sur la neigeMais ce sera pour l’hiver prochain, car la lumière est en train de changer, annonçant déjà le printemps, et avec lui la saison des grandes échappées sur deux roues. Belle nouvelle !

A vélo sur la neige

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