Google a détruit Panoramio et volé nos données

Le 4 novembre dernier, Google a détruit la plupart des fonctionnalités du site de partage d’images Panoramio, dont je suis membre depuis 2007, ne laissant que nos photos, en sursis pendant une année jusqu’à la fermeture totale du site.

Panoramio

En quelques instants, les 4 millions d’utilisateurs du site ont perdu leurs mots-clés (tags ou étiquettes), statistiques, commentaires et, surtout, coordonnées géographiques. Si les stats et commentaires n’ont pour moi pas de grande valeur, il en va tout autrement des tags et de la géolocalisation exacte, enregistrés manuellement pour chaque image au prix de dizaines d’heures de travail pour un total de 1204 photos mises en ligne.

Un message publié uniquement en anglais informait les utilisateurs de la fermeture prochaine de Panoramio, tout en assurant que nous pourrions exporter toutes nos données jusqu’au 4 novembre 2017 si nous ne souhaitions pas les voir transférées dans les sous-produits Google de remplacement dont je dirai un mot plus loin : « If you choose, you can also export all your data and take it somewhere else. » et « Although you’ll no longer be able to create new accounts, upload your photos, comment or like other content in Panoramio after November 4, 2016, you’ll still have access to your photos and be able to export your data until November 2017. »

Force est de constater aujourd’hui que cette promesse est restée vaine et que le message posté par Google n’était que pur mensonge : nos données, à l’exception des photos elles-mêmes, ont bel et bien été volées ! Et nos heures de travail avec. Les nombreux messages postés sur le Forum témoignent du dépit et de la colère des utilisateurs, mais n’auront néanmoins pas suffi à susciter la moindre réponse de Google…

Et pourtant, qu’est-ce que cela leur aurait coûté de montrer un minimum de respect à une « communauté » active qui a elle aussi contribué au succès du géant du web en enrichissant Google Maps et Google Earth de millions d’images de qualité (49 milliards de vues dans Google Earth et plus de 75 milliards de vues au total) ?

Évidemment dégoûté, j’ai tout de même réussi à récupérer dans les jours qui ont suivi les données de plus de 75% de mes images grâce à Waybackmachine et les archives Google Cache – mais cela m’a à nouveau pris des heures.

Il me reste maintenant à ré-uploader ailleurs 225 photos et refaire 743 liens dans mes routes et articles. Comme je n’ai plus aucune confiance dans les sites de partage, je vais sans doute uploader ces images dans la bibliothèque média de WordPress, en basse définition (800×600), puis sélectionner les meilleures pour des diaporamas en plus haute résolution qui seront présentés à l’aide du logiciel open source Piwigo. Enfin, si je trouve le temps… car les journées dans la nature sont largement prioritaires !

Encore un mot sur les solutions de remplacement proposées par Google aux utilisateurs de Panoramio. La première est Google Maps : une interface pourrie et une géolocalisation massacrée, pour faire court. Pas le quart du dixième des fonctionnalités de Panoramio en matière de publication d’images.

La deuxième est Local Guides : « Local Guides est une communauté mondiale composée d’utilisateurs curieux qui aiment partager leurs découvertes sur Google Maps. Aidez d’autres personnes à trouver les meilleures adresses de la ville, faites-vous de nouveaux amis et bénéficiez d’avantages exclusifs par la même occasion. » (logorrhée by Google). En d’autres termes : photographiez votre assiette au resto, publiez-là, faites la pub du bistrot et gagnez des superpoints Google, puis recommencez chez votre coiffeur, la toiletteuse de votre toutou… Mais cela va encore plus loin avec les concours organisés pour les gentils Local Guides : voici pour ceux qui comprennent l’anglais un exemple récent d’un concours de pub avec le partenariat d’un géant des cosmétiques – sur lequel je n’écris rien de plus, car je ne veux pas devenir grossier. Telle est donc l’une des solutions de remplacement que Google propose aux utilisateurs de Panoramio – pour la plupart grands amoureux de nature et de paysages. Peut-on faire preuve de plus de bêtise ? De plus d’arrogance ?

Depuis peu, j’ai changé de moteur de recherche et utilise désormais uniquement ecosia. Je vais évidemment retirer mes photos de Google Maps et m’affranchir autant que possible de l’infect Big Brother du 21ème siècle.

A ceux qui doutent, à ceux qui emmerdent Google et les autres saloperies de grosses boîtes du web, je recommande la lecture des ouvrages d’Eric Sadin et de Bernard Stiegler. De nombreux enregistrements audio de ces deux auteurs sont également disponibles sur le net.

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