Le Salève en hiver

Marre du stratus genevois et de la vaine agitation urbaine ? Un univers tout blanc et silencieux vous attend, à 1h30 à vélo du centre-ville !

En 2015, il aura fallu attendre le 17 janvier pour que les sommets environnant Genève blanchissent réellement. Cette première chute de neige abondante a déposé une couche d’environ 30 cm sur le sommet du Salève (1375 m), resté vert jusque-là.

Le 18 au matin, j’ai donc sauté en selle pour filer vers la féérie de l’hiver. C’était une journée assez ensoleillée, mais les températures sont restées proches de zéro, en tout cas en altitude. Malheureusement, c’était aussi un dimanche et j’ai donc dû affronter un trafic important dans la montée du col de la Croisette. D’habitude, j’y vais en semaine, voire le samedi, et ne croise que peu de voitures.

Un conseil, pour ceux qui veulent monter le dimanche : partez le plus tôt possible pour éviter les hordes motorisées et roulez au milieu de la chaussée, particulièrement à l’approche des virages, pour empêcher les crétins pressés de dépasser sans visibilité – une pratique aussi courante qu’irresponsable.

La route de la Croisette est toujours bien dégagée et il n’y a donc pas de problème pour monter. Attention toutefois au trafic descendant, dans les virages les plus raides, qui pourrait déraper sur une plaque de verglas ou un reste de neige et venir vous faucher.

SalèveLa pente est soutenue : plus de 11% en moyenne à partir du Coin et des virages en épingle évidemment encore plus raides. Du coup, difficile de rester sec ! Au col (1175 m), l’ambiance est très animée le dimanche : ça luge de partout et les terrasses des deux bistrots sont prises d’assaut s’il fait beau. La borne fontaine où l’on se ravitaille en eau potable le reste de l’année est coupée en hiver.

A partir de la Croisette, la route en direction du col des Pitons et de Cruseilles est fermée au trafic en cas de neige : ce tronçon de 5 km offre des vues magnifiques sur la cuvette genevoise et le Jura, puis sur les Préalpes et le massif du Mt Blanc.

Selon la qualité et la quantité de l’enneigement, il est possible de rouler, même à la montée, car la pente est modérée : il y a seulement 160 m de dénivelé jusqu’au col des Pitons (voir liens vidéo à la fin de l’article). Cette année, une piste de ski de fond a été tracée sur la route, jusqu’à la Grotte du Diable – j’ai pris soin de l’éviter. Malgré le soleil, les arbres sont restés couverts de neige jusqu’au soir, une rareté à cette altitude avec le réchauffement climatique. C’était magnifique !

SalèveSalèveAu sol, la neige était ce jour-là un peu trop épaisse pour pédaler et j’ai dû pousser mon vélo sur une grande partie de ces 5 km. Pas grave : ça m’a donné le temps de profiter du paysage sans devoir rester concentré sur la route et de prendre des photos… Dans l’autre sens, en descente, j’aurais peut-être pu rouler davantage, mais je n’aime pas descendre la Croisette – j’aime la monter ! Par ailleurs, en hiver, j’apprécie tout particulièrement les sorties qui me permettent de rouler aux heures les moins froides avec le soleil en pleine figure, même s’il faut bien rentrer à la fin de la journée.

SalèveUn vent sensible apportait des nuages bas dans la cuvette genevoise, de l’autre côté de laquelle émergeait, tout blanc lui aussi, le Jura.

SalèveJ’aime beaucoup ce passage dégagé dans les pâturages, où sont installées deux fermes d’été : celle de Chavanne et celle du Petit Pomier.

SalèveSalèveSalèveA la ferme du Petit Pomier, un peu à l’écart de la route, une planche posée sur de gros cailloux, devant un mur faisant face au soleil et à l’abri de la bise, constitue l’un des meilleurs spots pour la pause quand la montagne est enneigée. J’aime y rester une bonne heure à somnoler au soleil, dans le silence, pendant que mes habits sèchent. Le panorama sur la cuvette genevoise et le Salève est grandiose.

SalèveSalèveAprès la pause, il reste environ 1 km en montée très légère jusqu’au col des Pitons, où l’on quitte les pâturages pour la forêt. Inutile de dire que l’on ne croise pas beaucoup d’autres cyclistes en ces parages, mais j’ai néanmoins eu le plaisir d’en rencontrer un ou deux, apparemment aussi inconditionnellement liés que moi à la pratique du vélo en toute circonstance. Ce fut encore le cas ce 18 janvier, près de la Grotte du Diable.

SalèveSalèveSalèveLa route continue plus ou moins à plat pendant quelques centaines de mètres, jusqu’à la barrière de la Grotte du Diable, où les voitures montant depuis St-Blaise et Cruseilles sont arrêtées. On retrouve donc le trafic (très modéré), mais pas vraiment le goudron, car de ce côté-ci du Salève, le déneigement est beaucoup plus approximatif. Il faut donc être très prudent durant toute la descente jusqu’au carrefour d’où part la route pour les Avenières et St-Blaise. Outre la neige, il y a très fréquemment du verglas sur ce tronçon forestier à l’ombre.

SalèveSalèveSelon les conditions, je roule à 15-20 km/h maximum et profite pleinement de mes gros gants en Gore-Tex, car en l’absence d’effort à la descente les mains mal protégées souffrent vite du froid – j’en ai fait l’expérience. Par ailleurs, je m’arrête la plupart du temps sur le bas-côté pour laisser les voitures me dépasser.

Au Belvédère, on retrouve momentanément le soleil tout en profitant d’une belle vue sur la chaîne des Aravis et le massif du Mt-Blanc.

SalèveUn peu plus bas, on passe la bifurcation vers la Route forestière de la Grande Montagne qui est généralement totalement impraticable lorsqu’il y a de la neige. Et après une vingtaine de minutes assez extrêmes, on est bien content de prendre à droite la route qui remonte vers le château des Avenières. Une route qui monte, c’est l’occasion de se réchauffer ! De plus, la grande prairie des Avenières, orientée au sud-ouest, est incontestablement le lieu le plus « chaud » de cette sortie : après le petit zéro degré auquel je m’étais plus ou moins accoutumé depuis le départ de Genève, mon thermomètre est rapidement monté à 5 degrés aux Avenières. L’endroit est connu : de nombreuses familles viennent y luger au soleil.

SalèveSalèveAu-delà des Avenières la route plonge vers St-Blaise et le Mt Sion. Les jours de stratus, c’est dans ces parages qu’on retrouvera l’infâme couvercle et les arbres noyés dans le givre, tandis qu’en cas de bise on se fera copieusement ventiler – gare au verglas dans cette descente où l’on prend facilement de la vitesse !

Le 18 janvier en fin de journée, le ciel était heureusement dégagé et la température en plaine tout à fait confortable avec 5 degrés. J’ai donc apprécié également le retour vers la ville via Charly, Vers, Viry et Soral. La lumière était belle et j’ai fait ma pause-thé habituelle à Laconnex.

SalèveUne journée de liberté et d’effort physique au grand air telle que celle-là permet d’évacuer une bonne partie des poisons accumulés après une semaine en ville et de partir sur un bon pied pour la suivante. En ce qui me concerne, c’est également un véritable voyage hors du temps au cours duquel je ne manque pas de m’émerveiller sur la beauté du monde : profitons-en vite avant que les hommes, par pure connerie, n’aient irrémédiablement tout détruit !

Infos pratiques :
itinéraire estival (identique jusqu’à La Croix Biche)
équipement d’hiver
conduite sur la neige
– vidéos (22 janvier 2014, 31 janvier 2014)

Le même jour, Will, du site Cycling Challenge, a fait la balade dans l’autre sens. Son article, en anglais, et ses photos sont ici.

6 réflexions sur « Le Salève en hiver »

  1. Salut Raphael,

    Bravo. Il était un vrai plaisir de rencontrer un autre cycliste sur Mont Salève la semaine passée.

    Je me souviens que clairement, nous, tous les deux, étions en train de passer une balade très agréable.

    Cordialement,

    • Merci Will pour votre message. C’était en effet une journée magnifique là-haut ! J’ai apprécié, quelques jours plus tard, de pouvoir lire sur votre site l’article consacré à cette sortie.

      A une autre fois, sur la route.

  2. Raphaël, c’est une joie de lire votre récit et d’admirer les images magnifiques que vous avez capturées en chemin!
    Merci de nous offrir comme toujours une lecture de qualité.
    Merci de montrer la voie de bonheurs jubilatoires et non polluants à cueillir gratuitement devant sa porte!
    Et merci enfin de terminer ce bel article en formulant si exactement la conclusion qui serait aussi la mienne. Personnellement, pour me régaler de la nature enneigée, je préfère les raquettes, mais au moment de s’émerveiller du spectacle comme à celui d’être atterré par l’aveuglement irresponsable de nos contemporains, je vous rejoins à 100%!
    Vous lire est un fameux encouragement, à ne pas se dégonfler!

    Je vous souhaite encore pour 2015 des milliers de kilomètres enchanteurs et vous envoie mes amicales salutations.

    Florence

    • Merci Florence pour votre bel enthousiasme !

      Cela me fait plaisir que mes rares publications suscitent l’intérêt des plus fidèles de mes visiteurs, et encore davantage de savoir qu’il existe de nombreux résistant-e-s lucides qui continuent de profiter de la vie en toute simplicité, parce qu’elle est belle, en refusant de se laisser aliéner par une société aussi stupide que suicidaire.

      Tout comme vous, j’aime faire de la raquette en hiver lorsque j’ai la chance de séjourner à la montagne : http://www.europebybike.info/en-quatorze-cest-reparti/

      Depuis Genève, sans voiture, c’est plus compliqué…

      Je vous souhaite une nouvelle année de découvertes inoubliables sur les chemins du monde.

      Bien amicalement,
      Raphael

  3. C est beau mais la piste que vous avez emprunte est une piste de ski de fond, payante.

    On voit tres bien vos traces de roues qui ruinent la surface de skating … si tous les cyclistes font comme vous, bonjour l etat de la piste ! Le respect entre sportifs commence là.

    • Bonjour Monsieur,

      la surface de skating est « ruinée », comme vous dites, par l’ensemble des randonneurs : en raquettes, à pied… et un gars à vélo. Qui est venu jusque-là à vélo justement, et pas avec sa bagnole, et qui n’a donc pas émis de CO2 ni consommé de pétrole. Un gars qui n’a pas besoin de remuer une tonne d’acier pour se rendre à la montagne qui surplombe son bled.

      J’ajouterai que j’aime profondément cette montagne et qu’il s’agit d’un espace public, libre d’accès à tous, pour autant que l’environnement soit respecté. J’ai pris garde de ne pas rouler dans les traces de la piste de fond, mais je n’ai pas demandé à quiconque de traiter de quelque manière que ce soit la route départementale 41A. Cela fait des années que je l’emprunte, à vélo exclusivement, été comme hiver, et je ne vais pas faire l’impasse sur ce plaisir simplement parce que des mecs souhaitent vendre des abonnements et faire du fric avec des touristes et/ou des sportifs du dimanche.

      Finalement, pour ce qui concerne la question du respect, j’apprécierais de ne pas devoir risquer ma vie, à cause du trafic motorisé, chaque fois que je monte sur mon vélo… Risquer sa vie, c’est quand même autre chose que devoir faire face à une trace de vélo sur la « piste payante », non ?

      Raphael

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