Mélenchon : lueur d’espoir dans une campagne lamentable

Après avoir suivi avec une certaine assiduité l’interminable campagne pour l’élection présidentielle française¹, je reprends un peu espoir à l’annonce de l’envol des intentions de vote en faveur du candidat de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon.

Jean-Luc Mélenchon

Les « affaires » qui n’ont cessé d’éclater durant les derniers mois nous ont démontré de manière criante combien dans nos démocraties dégénérées celles et ceux qui prétendent nous représenter se préoccupent avant tout de leurs propres intérêts.

Ce n’est évidemment pas étonnant dans des sociétés qui ont depuis une génération abandonné citoyenneté éclairée, solidarité et débats d’idées pour se convertir au mythe simpliste, confortable et doucement aliénant de la pensée unique néocapitaliste et néolibérale. Ainsi, de droite à gauche, on ne parle plus que d’économie et de croissance, alors que tout le monde sait qu’il y aura de moins en moins d’emplois, et comme si la vie humaine se résumait au seul aspect matériel, comme si la planète pouvait continuer de tolérer nos excès imbéciles et égoïstes, réduisant quelques millions d’années d’évolution de l’espèce à la production en série de mutants sans opinion programmés pour surconsommer.

Sans oublier, bien sûr, que tous ces privilèges matériels pour lesquels nous, champions des empreintes écologiques abusives² (voire criminelles), sommes prêts aux plus honteuses compromissions politiques, sont et seront pour longtemps hors d’atteinte de la plus grande partie de l’humanité, celle qui n’a pas eu la « chance » de naître sur le bon continent…

Même élu à la présidence de la République, Jean-Luc Mélenchon ne sera pas en mesure d’infléchir significativement la politique de la France sur des aspects essentiels (pour la survie à long terme³ de l’humanité) tels que la surconsommation, le pillage des ressources, l’asservissement des travailleurs, le démantèlement des services publics et leur corollaire inévitable : le repli identitaire et la haine.

Il est à ce stade important de rappeler que les véritables artisans de l’essor des mouvements nationalistes et xénophobes sont les partis « traditionnels » : par leur soumission aux seuls intérêts du Marché, par leur incapacité à argumenter de la nécessité d’une régulation des échanges (les intérêts à long terme³ de la population priment sur les opportunités de profits mirobolants des entreprises multinationales), par les changements profonds, stupides et trop rapides que ces compromissions entraînent, ces rassemblements de vendus jettent les électeurs dans les bras de Marine Le Pen (et en Suisse de l’UDC). C’est bien parce que François Hollande et Manuel Valls ont mené une politique de droite que les électeurs de gauche sont aujourd’hui déboussolés : certains finiront chez le FN, mais d’autres iront vers Mélenchon.

Un mot quand même sur la corruption. Imaginez le niveau de vie d’un François Fillon. Puis celui du citoyen français lambda touchant le SMIC (1150 Euros net). Le premier pique (probablement) dans la caisse quelques centaines de milliers d’Euros : il est candidat à l’élection présidentielle, et en bonne place des intentions de vote. Le deuxième pique la caisse un soir de colère ou de déprime : il finit en prison, ou on lui retire la garde de ses enfants…

Revenons à Mélenchon. On l’a dit, il ne pourra pas tout changer, car il aura le monde entier contre lui, comme Aléxis Tsipras en Grèce et d’autres indépendants ailleurs. Mais au moins son élection fera-t-elle résonner la voix d’un peuple libre et responsable, un peuple qui n’entend pas se laisser dicter la leçon depuis Berlin ou Washington, ou depuis une Commission Européenne inféodée aux intérêts des plus grosses boîtes multinationales, un peuple enfin qui a compris que la logorrhée du « toujours plus » servie en boucle par les médias et les relais politiques du monde de l’argent nous conduit dans une impasse.

Certains parlent de voter « utile » : en votant Mélenchon, on éjecte la haine xénophobe, on piétine le boniment aliénant du lisse et souriant candidat de l’argent et du Big Data, on renvoie le valet du Medef à son destin judiciaire (goudron et plumes), le PS à ses lamentables compromissions et querelles internes, on rappelle aux milieux économiques qu’ils sont au service de la population (et non le contraire), on réaffirme l’autorité de l’État, seul garant de la justice sociale, ainsi que le caractère essentiel des tâches qu’il assume (éducation, législation, redistribution, santé publique, environnement, notamment), et on emmerde le mutant de Washington, le Grand Marché, les traités antidémocratiques (CETA, TAFTA), la pensée unique et tous leurs serviteurs – quel bonheur !

Ne reste qu’une chose à dire, mais pas des moindres : Benoît Hamon, en véritable homme de gauche, doit se retirer du premier tour et appeler à voter Mélenchon. S’il vous plaît, Monsieur Hamon, permettez que les idées de gauche, bafouées au plus haut niveau de l’État depuis 5 ans, remettent la République sur les rails – ceux de la désaliénation, de la souveraineté et de la solidarité. Quant à vous, soutiens et électeurs de Benoît Hamon, soyez réalistes et mesurez l’enjeu d’un premier tour perdu d’avance : quel magnifique cadeau offert à la droite et aux deux représentants du monde de l’argent – qu’il s’agisse du jeune ou du vieux loup.

Citoyen-ne-s de gauche : ne vous laissez pas encore une fois voler votre élection, refusez la mascarade d’un deuxième tour « à l’américaine » dans lequel il faudra choisir entre la peste et le choléra. La démocratie vaut mieux que ça !

Comme Marine Le Pen est dans tous les scénarios donnée gagnante au premier tour, le seul enjeu, c’est d’être second dimanche 23 avril.

Ami-e-s Français-e-s, votez pour Jean-Luc Mélenchon.

 

¹ La SSR a saccagé mon émission fétiche sur la Première, alors je me suis résigné à écouter plus les radios publiques françaises.
² Il faudrait 3 planètes Terre pour assurer à tous les humains le niveau de vie actuel des Français (chiffres de 2012, source).
³ Désolé, je dois parfois employer un gros mot (une vulgarité) pour exprimer clairement mon opinion.

4 réflexions au sujet de « Mélenchon : lueur d’espoir dans une campagne lamentable »

  1. salut mon gars,
    Toute rafraichissante que soit la candidature de Mélenchon, elle n’en présente pas moins un programme qui comme les autres ne nous propose que des bricolages pour tenir dans le système actuel encore quelques années.. nous ne savons pas vraiment combien de temps.

    Hormis le sujet écologique bien évidemment central, la question économique qui se fait chaque année plus criante est la suivante : à défaut d’égalité, si les différences de revenus se justifient par une soi disante différence de productivité, l’improductivité, elle, est par définition égale pour tous et il semble naturel que les personnes situées hors du champs productif soient traitées de manière équitable. Pas seulement les chômeurs qui, arrêtons de tergiverser, sont appelés à être toujours plus nombreux mais également les invalides, les retraités, les enrhumés, les étudiants, les mères au foyer, les enfants, etc. Ainsi, les productifs se doivent d’être non seulement solidaires des improductifs mais également beaucoup plus responsables devant le risque de devenir tôt ou tard eux même improductifs. Ouverture d’esprit et responsabilisation, deux valeurs à promouvoir absolument.

    Bref, à cet égard, le programme de Hamon est le seul qui semble proposer un projet en phase avec les urgences de notre société. Il est certes dommage qu’il ne bénéficie pas du charisme d’une Marine ou d’un Mélanchon mais il ne faut pas se tromper sur l’enjeu des élections.

    • Salut Yvan, merci pour ton commentaire.

      Je suis moi aussi favorable au revenu de base inconditionnel (j’ai voté pour en 2016) et convaincu que nous y arriverons un jour ou l’autre puisque l’emploi ne va cesser de diminuer. Alors, ce sera RBI, ou le chaos – étant donné qu’il n’y a aucune raison valable de dénier à une partie des êtres humains le droit de vivre dignement, qu’ils aient un emploi ou non.

      Ceci dit, on est à 2 jours du premier tour et maintenant l’enjeu pour dimanche est : qui voulez-vous au deuxième tour contre Marine – et donc président ? Voter Hamon donne le feu vert à Macron, qui est une véritable catastrophe, voire à Fillon…

      Ou alors, les sondages mentent et je suis totalement à côté de la plaque.

      Atoute, amigo, pour parler de tout cela de vive voix.

  2. Bon…
    Merci. cher Raphaël, pour cet article qui répond dans le mille à la question que je me posais.

    J’ai refusé de gaspiller une seule minute de mon temps à suivre depuis x mois cette campagne, et suis médusée par la place monumentale qu’elle occupe dans l’esprit et dans le discours des Français.
    Comme je tiens néanmoins à m’exprimer (ce qui va supposer dimanche 30 km de vélo, youpiiii!), j’ai attendu de recevoir les professions de foi officielles des candidats et les ai étudiées attentivement. J’ai procédé par élimination, et il reste justement dans la balance Hamon et Mélanchon.
    Tu ne vas pas me croire, mais hier soir face à ce dilemme, je me suis dit « Cela m’intéresserait de connaître l’avis de Raphaël ».
    Donc, merci vraiment d’avoir suivi cette immense brouhaha et de nous faire part de tes conclusions! Elles éclairent utilement mon obscurité.

    Reçois mes amicales salutations.

    Florence

    • Bonjour Florence et merci pour ta réaction.

      Je comprends ta réticence vis-à-vis d’une campagne qui a été aussi interminable que lamentable du point de vue de l’indigence des débats. La prochaine fois, il faudra se préoccuper davantage des « petits » candidats, car certains d’entre eux disent beaucoup moins de conneries que les « gros ».

      Par ailleurs, quand les citoyens d’un pays votent une ou deux fois tous les 5 ans, il est compréhensible qu’on en fasse toute une histoire – même si l’enjeu est bien moins important que ce qu’on veut nous faire croire. Peut-être serait-il temps de faire évoluer cette République vers quelque chose d’un peu plus… moderne et représentatif ?

      Il y a quelques semaines, j’étais partisan de Benoît Hamon, malgré le fait qu’il appartienne à un parti détestable et aujourd’hui inutile. Je continue à avoir beaucoup de respect pour l’homme et ses idées, mais il faut considérer l’évidence : les chiffres ne sont pas en sa faveur et malheureusement la démocratie d’aujourd’hui comporte une grande part de calcul.

      Si j’avais été plus intelligent, plus volontaire, plus disponible, moins accro aux longues vadrouilles dans la nature, j’aurais peut-être tenté modestement de soutenir sa candidature. Mais aujourd’hui, ce qui m’a motivé à écrire dans l’urgence ces quelques mots, c’est le scénario catastrophe annoncé pour le deuxième tour : Marine contre le jeune loup de la finance, la peste ou le choléra…

      Je suis content que mon article t’ait inspirée pour dimanche, malgré le fait que je n’en sois pas très fier. Chaque jour, de nombreux arguments me viennent à l’esprit tandis que je roule dans la montagne, mais je n’ai hélas plus la force le soir pour les mettre en mots sur le site…

      Et voici déjà le temps de retourner en ville 🙁

      Bonne route dimanche sous le soleil pour aller voter !

      Amicalement

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