Pas de JO dans les Alpes !

Ni en 2026, ni jamais.

Le soir du 10 juin, nous saurons si les électeurs valaisans font preuve d’autant de lucidité que leurs voisins des Grisons qui ont refusé à deux reprises d’accueillir les JO d’hiver en 2022 et 2026 (votations de mars 2013 et février 2017).

Sion 2026Mise à jour 10 juin 2018 : le peuple a tranché et c’est NON à 54% au projet Sion 2026. Bravo et merci, ami-e-s valaisan-ne-s !!! On a désormais la paix pour une bonne vingtaine d’années – et je propose le goudron et les plumes pour les promoteurs aliénés de ce grand gaspillage, qu’ils soient à Sion ou à Berne…

D’autres que moi vous disent merci ce soir du 10 juin, notamment le rédacteur en chef de la Tribune de Genève.

Texte initial de l’article publié le 24 mai 2018 :

Intéressons-nous un instant au slogan du comité de candidature, qui se donne pour mission d’« Organiser en 2026 des Jeux Olympiques et Paralympiques novateurs, fédérateurs et exemplaires, incitant à la pratique du sport et exploitant le savoir-faire helvétique pour créer un moment magique et un héritage durable. » (source : https://sion2026.ch/)

Les communicants et publicitaires qui pondent (à prix d’or) ce genre de logorrhée choisissent leurs mots.

Des JO « novateurs » ? Le mot magique a été prononcé, mais on se demande ce que cette grande foire va bien pouvoir « innover », en particulier pour ce qui concerne nos existences formatées : passer encore plus d’heures devant les écrans ? Bouffer encore plus de pub que d’habitude ? S’ébahir devant la « performance » d’un-e mutant-e qui a dévalé la montagne deux centièmes de seconde plus rapidement qu’un-e autre ? Et à quel prix ? Non, l’exacerbation du sentiment de compétition, le chauvinisme ridicule, la démesure financière, l’omniprésence du cancer publicitaire, l’empreinte environnementale et sociale, ainsi que l’hyper-médiatisation n’ont strictement rien de « novateur » : bien au contraire, dans la droite ligne de notre quotidien au service du capital, les JO représentent un des moments culminants de l’aliénation néolibérale – celui dans lequel on fait croire au téléconsommateur que son pays produit des héros, que l’humanité triomphante dépasse systématiquement les limites de l’espèce (quelle que soit par ailleurs la contribution des laboratoires) et que finalement tout va bien dans le meilleur des mondes, un monde resplendissant sous l’or des paillettes et la neige artificielle… Panem et circenses. Rien n’a changé depuis Rome.

Des JO « fédérateurs » ? Il semble plutôt que ce projet débile divise très profondément la société valaisanne (voir les résultat de ce sondage) et, au-delà des montagnes, le pays tout entier, dont une majorité de citoyens seraient opposés à la candidature de Sion, selon une autre enquête d’opinion. Quant au désaccord entre partisans et adversaires du projet, il n’est pas juste cosmétique, mais irréconciliable : un fossé sépare ces deux visions du monde.

Des JO « exemplaires » ? Sans doute autant que ceux de Sochi, Vancouver, Turin, Salt Lake City, etc, dont les coûts ont systématiquement largement dépassé le budget initial, comme le démontre cette étude très sérieuse de trois chercheurs de l’université d’Oxford (2016). Les chiffres de Pyeongchang ne sont pas encore publiés, mais il est peu probable qu’ils contredisent la règle du déficit – voir cet article. Sans parler des dégâts à l’environnement. On se demande donc par quelle vertu les apôtres valaisans de l’argent, du bétonnage et du réchauffement climatique seraient plus dignes de confiance que tous les vendus qui ont précédemment garanti à leurs concitoyens des jeux « exemplaires » ?

Des décennies de politiques irresponsables, menées par les mêmes élites délirantes que celles qui tentent de nous vendre aujourd’hui ce foutu projet, ont conduit l’humanité et la planète à l’aube d’une catastrophe écologique majeure. Bien sûr, aliénés à la fois par le vide d’une existence au service de l’argent ainsi que par les sirènes de la pub, nous avons tous largement contribué à cette entreprise désastreuse : il faudrait aujourd’hui près de 3 planètes Terre pour assurer à tous les humains le standard de vie moyen des Suisses… Disposons-nous de trois planètes ? Non ! Nous vivons donc depuis longtemps à crédit, non vis-à-vis des bailleurs de fonds financiers comme on voudrait nous le faire croire, mais vis-à-vis de la survie des générations futures, comme de celle des générations actuelles qui n’ont pas eu la « chance » de naître dans les paradis de la débauche matérialiste et de l’hyperconsommation.

L’automne dernier encore, l’Organisation Météorologique Mondiale (OMM) a annoncé une concentration record de gaz à effet de serre dans l’atmosphère pour l’année 2016. Le graphique de l’évolution de la concentration de CO2 dans l’atmosphère publié par la NASA est également éloquent. Plus localement, la Suisse a connu en 2017 le 3e été le plus chaud depuis le début des mesures. Tout le monde connaît par ailleurs la situation de la Syrie, de la Libye, de la Palestine, de l’Afghanistan, ainsi que les ravages de la pauvreté, qui jette tant de familles sur les routes inhumaines de l’exil – dont une partie se termine par la noyade aux portes de l’Europe… Nous n’ignorons pas non plus les dangereux égarements du paranoïaque de Washington et leurs conséquences planétaires, qu’il s’agisse de destruction de l’environnement ou de dresser les peuples les uns contre les autres.

N’avons-nous donc plus aucune conscience, nous autres privilégiés, pour nous autoriser d’attribuer tant d’efforts et de ressources en faveur d’une foire médiatique et commerciale quand l’urgence est ailleurs ?! On nous répète à longueur d’années qu’il n’y a plus d’argent pour l’aide au développement, pour les services publics en général, pour la protection de l’environnement, et la Confédération serait prête à couvrir le déficit des JO à hauteur d’un milliard ?

Un milliard pour un « moment magique » ?

Magique comment ? La pub, les mutant-e-s, la pub, la neige artificielle, la pub, les vociférations du troupeau, la pub, le béton à la place des arbres, la pub… et puis la gueule de bois : les dettes pour 10 ou 20 ans, un joli coup de boost aux émissions de CO2 et des Alpes définitivement sacrifiées au tourisme de masse intergalactique. Merci Monsieur Favre. Merci Monsieur Constantin. Merci au Conseil Fédéral. Merci aux sponsors. Merci au CIO. Ceux-là en tirent profit – matériel pour les uns, politique pour les autres. A très court terme. Et n’endossent aucune responsabilité personnelle, en particulier pour ce qui concerne la future dette « publique » !

A cette triste perspective, nous préférons largement la recherche de sérénité dans une existence libérée de l’hyperconsommation et du matraquage médiatique, ainsi que l’amour de la nature pour elle-même, point de départ de toute évolution vers des comportements plus respectueux de l’environnement comme des générations futures.

Quant au sport, nous l’aimons quand il est affranchi de la dictature du Marché. Le vrai sport, c’est celui qu’on pratique sans recourir aux médecins et aux labos, c’est celui qui nous fait du bien sans faire de mal à autrui ou à l’environnement, c’est celui dont on n’a pas besoin de parler aux journalistes et qui ne nécessite ni équipements coûteux, ni subventions de la part de multinationales qui pillent la planète et aliènent les peuples.

Enfin, je crois qu’on nous a depuis 30 ans assez abusé avec l’argument de la « durabilité », tout en conduisant des politiques basées sur des calculs à court terme qui ne tiennent jamais compte de l’environnement. Si ce n’était pas le cas, nous n’en serions pas aujourd’hui à faire semblant de respecter un Accord sur le climat tout en pratiquant à grande échelle la sous-enchère fiscale à l’égard des entreprises les plus destructrices. Si ce n’était pas le cas, la Banque nationale suisse (BNS) cesserait d’investir ses milliards dans les énergies fossiles (voir aussi cet article du Temps et celui-là de la Tribune de Genève). Si ce n’était pas le cas, notre empreinte écologique serait compatible avec la quantité de ressources disponibles sur Terre…

Dans ce contexte, vouloir attirer davantage de touristes dans une région déjà très peuplée et bétonnée¹ relève de l’irresponsabilité ou de l’imbécillité. Miser de surcroît sur le développement des « sports d’hiver » à l’époque du réchauffement climatique et de l’enneigement aléatoire confirme que le projet est davantage porté par des imbéciles que des irresponsables.

Comment peut-on prétendre à la durabilité tout en rêvant d’accroître le nombre de voyageurs dans les avions et de skieurs sur les pistes enneigées artificiellement ?

Nous n’avons pas besoin d’entreprises testant des gadgets technologiques lors d’une foire médiatique – leitmotiv maintes fois entendu de la bouche des partisans de Sion 2026. Nous avons besoin de réflexion et d’intelligence pour modifier nos comportements de la manière la plus douce possible afin de satisfaire aux exigences d’un monde fini.

Le projet de candidature de Sion pour l’organisation des JO d’hiver est une aberration en totale contradiction avec les impératifs de gestion rigoureuse des ressources, nos engagements en matière environnementale et le simple bon sens. C’est un projet de droite qui ne sert que les intérêts économiques et politiques à court terme de la droite !

Amis Valaisans, ne sacrifiez pas les Alpes pour quelques emplois temporaires et une publicité dont vous n’avez pas besoin : nous aimons déjà tous le Valais ! Votez NON à Sion 2026 le 10 juin.

Si vous n’avez pas le droit de vote en Valais, merci de signer et d’appeler à signer la pétition exigeant un vote national sur la candidature de Sion 2026 (lien ci-dessous). La Confédération accorde une garantie financière de un milliard pour couvrir les déficits de l’événement : il n’est donc pas acceptable que seuls les électeurs valaisans soient consultés – et c’est également l’avis du Conseil National. Comme le Conseil des États ne se prononcera pas sur le sujet avant septembre, il est important que le peuple s’exprime massivement contre les JO par le biais de cette pétition en ligne.

Liens :

¹ Il y a moins de zones naturelles en vallée du Rhône et sur la moitié inférieure de l’adret que dans la région « métropolitaine » de Genève, où vivent près de 950’000 personnes (surface forestière : 41%).

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