Premières hivernales

Après la belle chute de neige qui a suivi le passage du front froid du 12 novembre, une situation de forte bise et basses températures s’est mise en place pour quelques jours, nous faisant passer (momentanément) de l’automne à l’hiver. Les montagnes autour de Genève, Salève et Jura, étincelaient de blancheur – un véritable appel pour tout amoureux des changements de saison ! J’ai donc remonté mes pneus d’hiver, sorti l’équipement de cosmonaute, et me suis lancé à l’assaut du col de Crozet le 15 novembre, pour une première hivernale 2017 carrément en avance sur le calendrier. Diaporama ici.

15 novembre : col de Crozet – La Faucille

J’ai trouvé la neige en quittant le goudron aux environs de 900 mètres d’altitude. Un ou deux véhicules 4×4 avaient passé auparavant, par conséquent je pouvais choisir de rouler soit dans les ornières tassées, soit dans la neige sur le milieu du chemin quand les ornières étaient déjà verglacées. J’ai ainsi réussi à monter en pédalant jusqu’à l’alpage de Fierney, près de l’arrivée du télécabine de Crozet (1300 m).

Crozet

CrozetA partir de là, comme on n’est plus protégé par la forêt, la bise a commencé à se faire sentir et avait provoqué ça et là la formation de grosses congères – il a donc fallu pousser le vélo par endroits pour les franchir.

Crozet

CrozetToutefois, ce n’est qu’à l’approche du col de Crozet que j’ai dû affronter toute la violence des rafales de ce vent froid du nord-est : la température oscillait entre 0 et 2 degrés et les rafales atteignaient les 70 km/h, ce qui nous donne une température ressentie minimale sous les moins 9 degrés, légitimant le recours au qualificatif d’hivernale pour cette sortie. Dans ces conditions, j’ai enfilé tous les vêtements de réserve que je trimballais et ne me suis guère attardé à la table d’orientation du col (1485 m), malgré le magnifique panorama.

CrozetIncapable de rouler contre la bise sur la piste de la Maréchaude recouverte de glace et d’énormes congères, j’ai dû pousser le vélo sur une grande partie des 11 km jusqu’au col de la Faucille. L’avantage, c’est que je n’ai pas eu froid aux pieds, mais il m’a fallu près de 2 heures d’effort pour franchir cette distance-là. L’ambiance était tout à fait extraordinaire avec cette bise hurlante et, en amoureux des grands espaces désertés, j’étais très heureux là-haut. Un peu de son et d’image en mouvement ici.

Crozet

Crozet

Crozet

Crozet

CrozetLe retour dans la forêt un peu plus bas m’a mis à l’abri du vent. Par contre, la couche de neige, sur ce versant nord, était bien plus importante – jusqu’à 20 cm de fraîche par endroits. Toujours un peu difficile de rouler donc…

FaucilleJe suis parvenu juste à temps au col de la Faucille pour un pique-nique au soleil contre le mur sud d’un bâtiment. Il était trop tard pour poursuivre la vadrouille en direction du col de Combe Blanche (la nuit tombe rapidement mi-novembre et je venais de perdre ma lumière arrière), par conséquent je me suis lancé dans la descente glaçante du col de la Faucille, dont une bonne partie est à l’ombre au milieu de l’après-midi. La route était humide et je redoutais les plaques de verglas, mais par chance il n’y avait que peu de trafic descendant. J’ai évidemment eu froid aux pieds et surtout aux mains et, à peine arrivé à Gex, me suis adossé à un mur en plein soleil pour me réchauffer et finir mon thermos de thé avant d’entamer les 25-30 km restants jusqu’à la maison. Au total, 85 km et 1400 m de dénivelé dans des conditions un peu extrêmes – une sacrée journée ! L’itinéraire ressemble à celui-ci, avec quelques améliorations.

16 novembre : Vallée de Joux – col du Mollendruz

Le lendemain, la bise avait faibli, permettant à un stratus compact de se former, avec un sommet aux environs de 900-1000 mètres. Aucun problème, puisque j’avais déjà décidé de prendre le train pour la Givrine et d’aller rouler dans la vallée de Joux. Confortablement installé dans ce petit train rouge que j’aime tant, j’ai profité du spectacle magique de l’émergence hors de la grisaille un peu en-dessous de St-Cergue. A la Givrine, le thermomètre indiquait 3-4 degrés sous le soleil et je me suis rapidement mis en route en direction de La Cure, réduisant l’allure sur les premières grosses plaques de glace à La Bouriaz. Après la frontière, la petite route qui conduit aux Rousses était également bien verglacée par endroits.

Durant la courte descente jusqu’au lac des Rousses, j’ai senti la température chuter : c’est un véritable « lac d’air froid » qui stagne en hiver au fond de la vallée de l’Orbe / vallée de Joux. Désormais, mon compteur affichera zéro degré jusqu’à ce que je remonte légèrement en altitude à Piguet-Dessus. Du coup, je redoutais le verglas, d’autant plus que la route était humide et que de belles plaques glissantes apparaissaient régulièrement dans l’ombre des maisons.

Avec cette température, les mains et parfois les pieds souffrent, d’autant plus qu’un léger courant de bise se faisait ressentir. J’ai donc fait un arrêt au soleil contre un mur à Bois-d’Amont. Bonheurs simples : un vieux banc, la caresse du soleil à l’abri du vent, une barre de céréales et une tasse de thé brûlant et sucré. Avant d’affronter la route encore dans l’ombre, donc glaciale, qui franchit la frontière et traverse une forêt.

De retour au soleil sur la route du Planoz qui chemine sur la rive gauche de l’Orbe, à l’écart du trafic de transit, j’ai retrouvé la harde de chamois peu craintive que j’avais déjà observée et photographiée l’hiver dernier. J’ai à nouveau compté quatorze individus, dont plusieurs jeunes. Je suis resté une dizaine de minutes à les observer, distant de moins de 100 mètres, sans qu’à aucun moment ma présence ne les ait dérangés. Incroyable !

Vallée de Joux

Vallée de Joux

Vallée de JouxAprès la pause chamois, c’était déjà l’heure de pique-niquer – quand on commence la journée par 1h10 de train, le temps passe vite. J’ai décidé de monter à Piguet-Dessus dans l’espoir de gagner un ou deux degrés et ai déniché ce que je cherchais : un autre banc au soleil…

Vallée de JouxPlus tard, je suis descendu voir le lac au Rocheray. Vivement qu’il gèle, car je souhaite y rouler plus longuement que l’an passé : si l’épaisseur de glace le permet, je rêve de le traverser intégralement à vélo dans le sens de la longueur, soit du Sentier jusqu’au Pont. Avec les basses températures annoncées pour fin novembre-début décembre, la glace devrait commencer à se former en surface…

Vallée de JouxArrivé ensuite au Lieu, j’ai vu pour la première fois le balisage « Jura Bike » (Suisse à VTT 3) indiquer la petite route qui monte sur la colline du Revers, passant à côté de la gare, et m’y suis engagé. Après les dernières maisons, le chemin file dans la forêt et permet d’atteindre Les Charbonnières hors du trafic. Malgré une belle couche de neige par endroits, j’ai pu le parcourir tout le long en selle et y ai même croisé un autre vététiste.

Vallée de Joux

Vallée de Joux

Vallée de JouxDernière petite pause au Pont, avec barre de céréales et un verre de thé, avant d’attaquer la courte montée au col du Mollendruz.

Vallée de Joux

Vallée de JouxPour éviter la route du col et son trafic, j’ai pris au rond-point le petit chemin de Mont-du-Lac, ce qui m’a conduit à rouler à nouveau dans la neige dès la fin du goudron. Ainsi, j’étais bien réchauffé en arrivant au col, où j’ai enfilé tous mes vêtements en prévision de la descente jusqu’à La Praz et au-delà. Sage décision, car au retour dans le brouillard on subit toujours un véritable choc thermique. Cette fois-ci, le thermomètre est passé en quelques minutes de 5 degrés au col à zéro dans le brouillard, et il serait sans doute descendu davantage si je n’étais pas rapidement ressorti de la couche humide et glaciale. En tenant compte du refroidissement éolien dû à une vitesse de 40 km/h, je ressentais un petit moins 7.5 degrés… Sous le stratus, la température s’est maintenue entre 1 et 3 degrés jusqu’à Nyon, où j’ai finalement sauté dans le train, au terme d’une rando de 100 km dont l’itinéraire est ici.

22 novembre : col de Crozet – col de Combe Blanche – St-Cergue

La semaine suivante, profitant d’un sérieux redoux, je suis remonté au col de Crozet, avec l’idée d’aller au-delà de la Faucille. La neige avait passablement fondu dans les endroits exposés au soleil, mais restait très présente à l’ombre, tout comme les plaques de verglas. Je n’ai par conséquent pas eu besoin de pousser autant que le 15 novembre et suis arrivé bien plus tôt à la Faucille.

Après le pique-nique au soleil, j’ai continué sur la grande route en direction de La Vattay, puis emprunté la route du col de Combe Blanche, non déneigée en hiver. La courte montée n’a pas posé trop de difficulté, car les bords comme le milieu de la chaussée restaient enneigés, permettant ainsi de progresser sans affronter la glace dans les ornières creusées par quelques voitures téméraires.

Juste avant le col, un coup d’œil à la montre m’a confirmé que j’avais le temps de poursuivre en direction de St-Cergue et j’ai pris la piste de la Grande Grand, sur laquelle j’ai dû pousser dans les passages plus raides. Près du sommet, je me suis senti observé et j’ai levé les yeux – quand on pousse, on a le regard vers le sol – pour découvrir un magnifique chamois à moins de cent mètres. Image parfaite : sa silhouette se découpait sur le ciel, car il se trouvait sur une petite ligne de crête.

Je me suis immédiatement immobilisé et nous sommes restés là à nous observer mutuellement pendant deux bonnes minutes. Il y a quelque chose de fascinant à plonger son regard dans celui des origines, dans celui d’une vie sauvage et libre. Dans la montagne, j’étais chez le chamois et j’espère que mon comportement en a témoigné. Puis il a tourné la tête et repris sa lente déambulation, disparaissant derrière la crête. Je lui ai laissé un moment de répit avant de redémarrer à mon tour. Parvenu au chalet de la Grande Grand, je l’ai encore vu entre deux épicéas.

Cette rencontre m’a profondément marqué, d’autant plus qu’elle est survenue dans l’un de mes recoins préférés, où l’on découvre la magnifique combe qui s’étend au pied occidental de la pointe de la Dôle. En ce mercredi de novembre, le silence était total et le lieu déserté. La douceur des courbes du relief jurassien se trouvait encore renforcée par la lumière dorée de la fin de l’après-midi, si bien que j’ai ressenti à peu près le même bonheur immense que ce jour de l’été 2014 lorsque je cheminais sur la plage de galets de Rackwick, dans les Orcades.

Je n’ai que les mots pour témoigner du caractère particulier de ces instants-là, puisque je n’avais pas emporté mon appareil photo.

C’est donc dans un état de demi-transe que j’ai commencé à pousser mon vélo dans la forêt au-dessus de la ferme de Sonnailley-au-Prince, la neige épaisse rendant vaine toute tentative de remonter en selle. J’espérais évidemment une nouvelle rencontre sauvage durant ces 25 minutes de montée lente et silencieuse à travers bois, mais en vain : la magie n’est pas multipliable.

Parvenu sous le télésiège, j’ai bataillé par endroits dans une haute neige et des reliquats de congères avant de rejoindre la piste de ski, largement tassée par les marcheurs et que j’ai pu descendre à petite vitesse, impatient d’aller célébrer ce beau moment de vie par une bière sur la terrasse déserte et ensoleillée du restaurant de Cuvaloup-de-Crans.

Le soleil était déjà bas vers l’ouest, m’obligeant à revenir sur Terre et à effectuer le rituel habituel des fins de journées : enfiler tous les vêtements en prévision de la descente. Comme anticipé, la route de Cuvaloup était couverte de glace dès l’entrée dans la forêt et jusqu’aux Pralies, soit sur 3 km, mais il restait heureusement une étroite bordure enneigée sur laquelle j’ai pu rouler à vitesse réduite. Tout ce tronçon, ainsi que la suite jusqu’à St-Cergue, restent à l’ombre la majeure partie de la journée voire toute la journée en hiver, par conséquent il y fait toujours très froid.

Je suis descendu par la route d’Arzier, puis ai roulé jusqu’à Divonne via Trélex, Grens, Borex et Crassier. J’avais décidé de ne pas prendre le train à Nyon pour avoir l’occasion de tester le nouveau phare avant que je venais d’acquérir (Knog Blinder MOB The Face). Vers 18 heures, je me suis engagé de nuit dans les bois de la Versoix, entre Chavannes-des-Bois et Bossy, et j’ai pu rouler sans problème à 25-30 km/h grâce à ma nouvelle lumière. Plus loin, j’ai encore franchi tout aussi aisément d’autres sections non éclairées (Bossy-Ornex, Bois des Frères), remettant mon phare en mode clignotant dès que possible pour économiser la batterie : l’autonomie n’est que de 2h30 pour le faisceau continu pleine puissance, contre 60 heures en mode éco clignotant. Au terme de ce test, je suis très content de ce nouvel équipement indispensable pour allonger les journées d’hiver.

Retour à la maison à 19h30, un peu calmé par la nuit, la neige, la glace, les 116 km et 1670 m de dénivelé de la journée sur ce bel itinéraire (variante « Route des crêtes 7bis »).

J’ai donné à cet article le titre de « premières hivernales » car cette deuxième moitié de novembre nous offre de la neige en montagne et des températures relativement basses, mais bien évidemment nous vivons dans une région tempérée où la définition des « conditions hivernales » prête à sourire quand on la compare avec celle des contrées véritablement froides – voir cet article de MétéoSuisse daté du 22 novembre 2017, et cette image inspirante :

HiverBon début d’hiver – blanc ou pas !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *