Le Royaume-Uni à vélo

Comparé à la Scandinavie, à certaines régions de France ou encore au centre de l’Espagne, le Royaume-Uni fait figure de pays surpeuplé. Et en effet, il y a du monde, ce qui se ressent nettement sur les routes. Cela ne doit toutefois pas dissuader les amateurs de découvertes sur deux roues, car le réseau de voies cyclistes mis en place par la fondation britannique pour la mobilité durable Sustrans permet de visiter toutes les régions en parfaite sécurité. En outre, le Royaume-Uni est l’un des pays d’Europe dans lesquels la population est la plus accueillante.

Distance parcourue dans le pays : 6300 km

Dates des voyages : 2014, 2016 et 2023

Royaume-Uni à vélo

Sept ans après mon dernier voyage, j’étais très heureux, en 2023, de retourner rouler à gauche dans ce pays auquel je suis très attaché depuis l’adolescence. Malheureusement, certaines évolutions m’ont fortement déçu, notamment l’augmentation délirante du nombre de gros 4×4 sur les routes : signe de l’enrichissement absurde d’une partie de la population et de l’impasse dans laquelle le Royaume est engagé, comme tous ses voisins européens.

A l’autre bout du spectre social, les perdants sont de plus en plus nombreux et visibles, en particulier dans les villes et les périphéries, où des campements de fortune sont installés au bord des canaux et où les mendiants se multiplient : la prétendue magie du libéralisme ultra ne fonctionne que pour ceux qui ont déjà tout et en veulent toujours plus.

Toutefois, malgré un fossé qui semble se creuser, je n’ai jamais ressenti les tensions sociales si caractéristiques des pays plus méridionaux, comme la France. Certes, la ségrégation géographique est une réalité, mais les gens m’ont toujours paru davantage bienveillants qu’ailleurs. Du reste, dans un pays où l’État a depuis des décennies été affaibli par des vagues successives de « dérégulation », on ne compte plus les magasins et échoppes caritatives (Charity shops), dans lesquelles une part du bénéfice est allouée à des projets d’entraide et où la population s’approvisionne quotidiennement.

 

Routes et voies cyclables

Le réseau routier principal est subdivisé en deux catégories : les routes « A » et les routes « B », les premières représentant les voies d’importance nationale. On ne distingue toutefois pas toujours de différence en matière de trafic entre les deux catégories : il semble être intense en tout temps !

Un cycliste britannique que j’ai rencontré m’a expliqué sa règle personnelle, laquelle m’est apparue très sensée : il ne roule jamais sur les routes « A », et ne s’engage sur une route « B » que lorsque celle-ci ne relie pas deux villes relativement proches. La situation est toutefois différente dans le Nord de l’Écosse, où il n’y a personne et presque uniquement des routes « A » sans danger…

Le réseau routier secondaire est relativement développé, surtout dans le sud, mais hélas difficilement utilisable sans carte détaillée. Ces routes ne sont pas numérotées et la signalisation de direction est souvent tout simplement absente. Tout au plus rencontre-t-on à certains carrefours des flèches avec les noms des villages voisins. Dans certains comtés, il est même impossible de savoir dans quel village on se trouve sans demander à quelqu’un, car il n’y a tout simplement aucun panneau à l’entrée – ni à la sortie !

En règle générale, les routes britanniques sont plus étroites que celles d’Europe continentale. En outre, dans le sud, les accotements sont régulièrement couverts d’une végétation envahissante, haute, qui restreint fortement la visibilité, en particulier dans les virages. Dans l’ensemble, le revêtement des chaussées est bon, quelle que soit la catégorie de la route. Tout au fond de la campagne, il faut toutefois compter avec la présence de graviers et de quelques trous.

Un des aspects les plus remarquables d’un voyage au Royaume-Uni est l’abondance de la faune sur et autour de la route : lapins par millions, autres rongeurs, pigeons ramiers innombrables, tourterelles, colombes, faisans, pies, canards, corneilles, etc. Je n’ai jamais vu autant d’animaux en roulant qu’en Angleterre, ni sursauté aussi souvent parce qu’un imbécile de pigeon s’envolait à grand fracas d’un fourré juste au moment où je passais. Triste corollaire : la route est littéralement couverte de cadavres – on en voit des dizaines par jour…

A moins de bien connaître une région ou d’être équipé d’une carte détaillée (Ordnance Survey, cartes Sustrans), je déconseille de s’engager à vélo sur le réseau routier. Mieux vaut suivre l’une des nombreuses routes cyclistes balisées qui quadrillent le pays. Une application pour téléphone mobile est également disponible (OSMaps).

Attention toutefois : les itinéraires cyclistes quittent régulièrement le goudron, la plupart du temps pour éviter des sections à fort trafic et garantir notre sécurité. On roule donc sur des pistes, des chemins agricoles, voire des sentiers étroits à travers la lande et les hautes herbes ou au bord du canal – ceux-ci étant parfois à demi envahis par les ronces. Le terrain peut être rude (boue, cailloux, nids-de-poule ou encore graviers pointus) et imposer de mettre pied à terre pour pousser le vélo – voire le porter (escaliers, portails anti-motos, etc). Pour ces raisons, ainsi que les pentes délirantes qu’il faut affronter, un voyage à vélo au Royaume-Uni est nettement moins « confortable » et souvent plus physique que dans le reste de l’Europe occidentale.

 

Hébergement

Les campings britanniques (campsite, caravan park) dans lesquels j’ai passé la nuit étaient tous confortables et très bien entretenus. A la différence des campings scandinaves, on n’y trouve toutefois ni cuisine, ni épicerie, ni bungalows pour les nuits pluvieuses. Parfois, une machine à laver est à disposition, ce qui est bien pratique. Le tarif est généralement compris entre 10 et 15 Livres, mais peut monter jusqu’à 30. Bien évidemment, on paie le maximum dans les stations balnéaires – et c’est là aussi qu’on est le plus serrés les uns contre les autres. Notez toutefois que dans la plupart des campings, on respecte des règles d’espacement strictes : en Écosse, c’est 6 mètres au minimum entre les tentes !

Il n’existe hélas pas de brochure répertoriant tous les campings du Royaume-Uni. Sur internet, divers sites proposent des informations et cartes de localisation, mais cela n’est d’aucune utilité pour ceux qui voyagent « déconnectés », comme moi.

La meilleure alternative au camping est l’auberge de jeunesse, ou Youth Hostel. Appartenant au réseau Youth Hostel Association (YHA, SYHA en Écosse) ou privées (private hostels), les auberges de jeunesses se trouvent surtout dans les villes et quelques lieux touristiques importants – la 2e catégorie étant sans doute un peu mieux représentée hors des grandes villes.

Les Youth Hostels proposent un hébergement collectif (dortoirs) ou individuel en chambre single/double/familiale. Il est bon de savoir qu’étant donné le faible nombre de visiteurs dans certaines régions on se retrouve parfois seul dans un dortoir, ce qui est tout à fait confortable et très appréciable ! En ville toutefois, ces hébergements économiques sont souvent complets tôt dans la journée et il est malheureusement impossible de réserver par téléphone sans paiement anticipé (carte de crédit) – sauf lorsqu’on insiste et que le personnel se montre compréhensif.

Le tarif pour une nuit varie entre 15 et 25 £. Dans le réseau YHA / SYHA, la carte de membre de l’association internationale des auberges de jeunesse (Hostelling International) permet parfois d’obtenir un petit rabais, mais pas toujours. Cette carte peut s’acheter auprès de n’importe quelle auberge de jeunesse et dans certaines agences de voyage ; elle vaut 33 CHF en Suisse.

Les Youth Hostels sont toujours équipés d’une cuisine commune et d’une salle à manger. Il est généralement possible (et fortement conseillé !) de prendre un petit déjeuner abondant le matin (6 à 10 £).

A la campagne, on peut parfois passer la nuit dans un bunkhouse, sorte de gîte d’étape aménagé dans les anciennes dépendances d’une maison rurale ou d’une ferme. Il s’agit en général d’un hébergement collectif à plusieurs lits, dans lequel on trouve également une cuisine, salle de bains et parfois une pièce de séjour. Tarif habituel : 15 à 20 £, petit déjeuner parfois inclus, mais pas toujours.

En l’absence de camping/Youth Hostel/bunkhouse, on peut se rabattre sur un Bed&Breakfast (B&B), mais les tarifs sont bien plus élevés : de 35 à 50 £, voire plus. Le petit déjeuner britannique, toujours copieux, est bien évidemment inclus.

Le site Beds for cyclists rassemble des informations sur un grand nombre d’hébergements de tous les types au Royaume-Uni, mais il n’est hélas pas complet (la plupart des campings le long de la Route 1 ne sont pas répertoriés). Vous pouvez télécharger ma liste des hébergements disponibles sur la Route 1 ici (état 2014, revu en juin 2015, sans mise à jour ultérieure).

 

Alimentation

La plupart des commerces d’alimentation sont ouverts 7/7 et les horaires sont étendus, souvent jusqu’à 22 heures. On y trouve la même chose que sur le continent, à des prix plus ou moins équivalents. Un certain nombre de villages disposent d’une épicerie, qui fait généralement également office de bureau de poste, tabac et parfois station service. Il y a nettement moins de boulangeries qu’en Suisse et en France, et il est parfois difficile de trouver du « vrai » pain…

Les menus cuisinés complets, notamment les plats asiatiques, que l’on trouve dans les supermarchés sont très pratiques si l’on est à l’auberge de jeunesse : il suffit de chauffer le plat à la cuisine et l’on obtient un repas copieux, différent des pique-niques quotidiens sans être onéreux pour autant. Avec une bière, voire un peu de vin si on en trouve, et quelques légumes crus (tomates cerises, carottes), cela contentera l’estomac du voyageur.

Et aussi : ce n’est pas un aliment, certes, mais je tiens à signaler que les chips qu’on trouve au Royaume-Uni sont les meilleures que j’aie jamais mangées…

 

Transports publics

Ferries : services efficaces et pas trop chers, notamment en Écosse, où la compagnie Caledonian MacBrayne assure efficacement de très nombreuses liaisons entre les îles et le Mainland.

Trains : idem (on aimerait que ça marche aussi bien sur le continent). Il y a encore des trains de nuit, notamment entre Inverness et Londres. Les conditions de transport des vélos dépendent de la compagnie de chemin de fer, de la région et de l’heure. Ainsi, il n’est généralement pas possible de charger les vélos aux heures de pointe dans la région londonienne (par ex. train rapide Londres-Douvres). Par ailleurs, le nombre d’emplacements pour vélos est parfois trop faible par rapport à l’affluence de cyclistes en été : c’est le cas notamment de la ligne Inverness – Londres, pour laquelle vous risquez de devoir patienter plusieurs jours avant de pouvoir voyager si vous vous y prenez comme moi à la dernière minute (mais comment peut-on prévoir une date de voyage fixe au terme de plusieurs milliers de kilomètres à vélo ?). Vous trouverez plus d’informations sur ce flyer imprimable (2016) ou à cette adresse. Le personnel de guichet et les contrôleurs auxquels j’ai eu affaire ont toujours été extrêmement serviables et accommodants. À Inverness par exemple, j’ai à deux reprises passé une bonne vingtaine de minutes au guichet jusqu’à ce que l’agent(e), sans s’impatienter ni manifester aucune mauvaise humeur alors que la file s’allongeait derrière moi, me trouve une place pour le vélo à bord du train de nuit pour Londres. En 2023, j’ai pu réserver en ligne, sans aucun problème, et ai donc évité le stress de dernière minute au guichet.

 

Climat

Après trois voyages, j’ai envie de dire que le climat estival dépend des années et aussi qu’il est sans doute plus favorable dans l’est du pays.

En 2014, il est tombé des gouttes durant à peine 6 jours sur plus d’un mois ! Le reste du temps, il a fait beau, ou couvert, mais sans précipitations. Le matin, le ciel était la plupart du temps tout bleu. Ensuite, il se chargeait de nuages au cours de l’après-midi, avant de lâcher quelques averses locales.

En 2016 par contre, j’ai eu de la pluie durant 14 jours sur 22 et évidemment plus de vent. La plupart du temps, on rencontre un régime d’averses et il ne pleut pas en continu toute la journée. Mais la nécessité d’enfiler/enlever les vêtements de pluie de nombreuses fois par jour devient vite harassante et ralentit considérablement la progression. Il est en effet impossible de prévoir à l’avance si une averse va être légère et courte : il m’est arrivé de le penser en voyant le nuage approcher, puis de me faire tremper de la tête aux pieds par un véritable mur d’eau, qui transformait la route en torrent.

En 2023, j’ai affronté la pluie pendant 10 jours sur un total de 30. La plupart du temps, la pluie ne durait que quelques heures par jour, et pas en continu. Par ailleurs, il s’agit bien plus souvent de bruine avec brouillard, que de pluie battante à grosses gouttes.

 

Budget indicatif (taux de change juillet 2023)

Sur place, compter environ 46 £ par jour (hors frais de transport), soit 58 CHF ou 58 EUR. Si l’on inclut les frais de transport au départ de Genève, le budget quotidien atteint 66 CHF.

La baisse de la livre sterling consécutive au Brexit (juin 2016), ainsi qu’un plus grand nombre d’hébergements économiques dans l’ouest ont contribué à un budget 2016 hors frais de transport plus bas que celui de 2014.

Aperçu des frais de transport pour se rendre au Royaume-Uni :

2023    Genève-Lyon-Paris-Dieppe-Newhaven                     178 CHF
2023    Inverness-Londres-Newhaven-Dieppe                      180 CHF
2023    Paris-Lyon-Genève                                                          66 CHF

2016    Genève-Paris-Cherbourg-Poole                                  226 CHF
2016    Inverness-Londres-Douvres-Calais-Paris-Genève    407 CHF

2014    Genève-Paris-Calais-Douvres                                      219 CHF
2014    Inverness-Londres-Douvres-Calais-Paris-Genève    418 CHF

C’est la nourriture qui constitue la plus importante source de dépense au Royaume-Uni, avec 47% du budget total, le reste se partageant entre hébergement (30%) et frais de transport (23%, transports internationaux compris).

 

Divers

Certains Offices de tourisme distribuent des brochures d’information utiles et bien faites, sans pub. C’est le cas notamment aux Orcades.

Le nombre d’insectes en patrouille au-dessus des routes, notamment les moucherons, est impressionnant. Il vaut donc mieux avoir un casque pourvu de moustiquaire serrée sur les aérations à l’avant et porter des lunettes en permanence, faute de quoi vous devrez vous arrêter très régulièrement pour enlever tout ce qui se balade sur votre tête et dans vos yeux…

 

Le Royaume-Uni en quelques chiffres

Superficie : 246 690 km2
Population : 67 886 004 habitants (2020)
Densité : 275 hab./km2 (432 hab./km2 en Angleterre, mais 69 hab./km2 en Écosse !!!)

4 réflexions sur « Le Royaume-Uni à vélo »

  1. Un grand merci pour votre retour d’expérience ; très utile à quelques semaines de partir découvrir le sud de l’Angleterre en 2 roues.

  2. Avec mon fils, nous partons demain en Angleterre, alors un grand merci pour ces explications, qui me font un peu peur à vrai dire, notamment au niveau de la qualité des pistes cyclables dont j’ai déjà entendu dire par des anglais eux même qu’elles n’étaient pas forcément à la hauteur.

    • Bonjour et merci pour votre visite.
      Je regrette que mon article ait suscité de l’inquiétude avant votre départ, car tel n’était pas mon propos. J’adore rouler au Royaume-Uni et ne peux que conseiller la destination aux cyclistes curieux. Toutefois, il va de soi que la densité de population (et donc de véhicules) implique quelques contraintes au niveau des itinéraires. C’est la raison pour laquelle je recommande de préparer son parcours afin de rester en permanence sur un itinéraire cycliste officiel balisé. Et avec plus de 26’500 km de routes cyclables développées par SUSTRANS (https://www.sustrans.org.uk/), il y a de quoi faire !
      Alors, bon voyage à vous deux sur les chemins du Royaume !

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