La Suisse à vélo

Minuscule île montagneuse au centre de l’Europe occidentale, la Suisse est plus ou moins incontournable quand on se déplace du nord au sud ou de l’est à l’ouest du continent.

Dotée de paysages magnifiques dans la plupart des régions, elle fait néanmoins face aujourd’hui aux conséquences d’une augmentation bien trop rapide de sa population par rapport à l’exiguïté du territoire : on compte environ 450 habitants au kilomètre carré sur le Plateau, région de plaine et collines qui s’étend de Genève au lac de Constance, ce qui en fait une des régions les plus densément peuplées d’Europe. Cela se ressent ! La nature recule partout, le bétonnage progresse, tout comme le trafic motorisé, le bruit et les pollutions de toute sorte – une situation qui contraste singulièrement avec l’image d’Épinal vendue par les professionnels du tourisme.

Par ailleurs, la partie la plus aisée de la population pratique une hyperconsommation délirante entraînant une empreinte écologique irresponsable, ainsi qu’un des pires bilans carbone de la planète lorsqu’on prend en compte les émissions produites à l’étranger mais liées à la consommation suisse. Contrairement à ce qu’affirment les gourous du Marché Global et les CEOs d’entreprises multinationales, surreprésentés en Suisse, le néolibéralisme et la richesse matérielle n’entraînent jamais des effets positifs pour l’environnement – ni la justice sociale.

En outre, il me semble opportun de rappeler que, depuis la deuxième guerre mondiale en tout cas, la Suisse officielle a toujours placé ses intérêts économiques au-dessus de toute considération d’ordre éthique, humain, social ou environnemental. Ainsi, entre autres exemples, sa collaboration économique avec le IIIe Reich, ses relations jusqu’au-boutistes avec l’Apartheid sud-africain, les pratiques délictueuses à grande échelle de multinationales dont le siège est en Suisse ou encore le silence assourdissant des autorités helvétiques à l’heure du génocide à Gaza – pour ne pas froisser le paranoïaque de Washington et éviter davantage de droits de douane…

Enfin, au-delà de la communication officielle lénifiante des autorités helvétiques, au sujet de la patrie de la Croix-Rouge et des Conventions de Genève, de la « neutralité » et des « bons offices » de la Confédération, on découvre une réalité bien différente : celui d’un pays récemment condamné par la Cour Européenne des Droits de l’Homme pour inaction climatique. Verdict peu étonnant pour les habitant.e.s lucides et responsables du pays, qui constatent jour après jour la domination sans partage d’élites asservies à la seule promotion des intérêts du monde de l’argent et malgré les outils démocratiques exceptionnels dont nous disposons. Voir aussi la rétrospective de la RTS consacrée à cette affaire sur ce lien.

Le désintérêt de la Suisse officielle vis-à-vis de la question climatique est à nouveau confirmé par l’absence de notre blondasse nationale (accessoirement présidente de la Confédération et admiratrice déchue de Trump) au sommet des dirigeants de Belem, juste avant le début de la COP30, alors que les principaux leaders européens seront présents.

Ces précisions me semblent dignes de figurer dans un article consacré à la Suisse, afin que chacun.e sache, avant de planifier son voyage, dans quelle société il va dépenser son argent – en l’occurrence celle des lobbyistes, d’une majorité politique vendue et d’hyperconsommateurs gavés. Autrement dit, voyagez ailleurs, si possible 🙂

Distance parcourue dans le pays : j’y suis né et y vis, donc ça fait pas mal de kilomètres…

 

Où aller ?

L’un des moyens que j’utilise parfois pour planifier un voyage consiste à consulter une carte montrant la répartition de la population et de choisir les régions les moins grouillantes de bipèdes. Voici donc quelques-uns de ces outils pour la Suisse :

On constate sans surprise que la population décroît avec l’augmentation de l’altitude. Ainsi, personne ou presque dans les Alpes, à l’exception des vallées principales, largement bétonnées, et peu de monde dans la région jurassienne (frontière occidentale franco-suisse).

Le tourisme de masse, en particulier hivernal, a largement contribué à défigurer la région alpine et si je continue d’y séjourner régulièrement depuis mon enfance, en particulier à la fin de l’été et en automne, je lui préfère les plis jurassiens de moyenne altitude, très propices au VTT responsable et à la marche, parmi les meutes de loups ressuscitées 🙂

Malgré une exploitation forestière qui ne laisse derrière elle que des charniers immondes, le Jura reste une région authentique aussi vaste que peu développée, facilement accessible à vélo ou en transports publics, et à proximité immédiate de la fourmilière lémanique – le contraste est tout à fait saisissant.

Aussi, si vous devez traverser l’Helvétie, je suggère de le faire le plus à l’ouest possible, le long de la chaîne des monts jurassiens, entre Genève et Bâle, puis ensuite en remontant le Rhin pour atteindre les marges de la Forêt Noire allemande.

 

Routes et voies cyclables

Le cyclisme est un sport très populaire en Suisse, comme en France et en Allemagne. Par beau temps, on croise des dizaines de camarades pédalant dans tous les sens, malheureusement seule une petite partie se révèle civilisée et répond à vos salutations – en particulier si vous êtes à VTT et croisez des routards dans la région genevoise… De ce point de vue-là, c’est bien plus cool en France ou en Allemagne !

En Suisse, les routes vont partout, souvent jusqu’au sommet des montagnes. Toutefois un grand nombre d’entre elles sont dangereuses, que ce soit en raison de l’importance du trafic motorisé, d’un tracé sinueux masquant la visibilité ou de conduite irresponsable, favorisée par la quasi-absence de contrôles de police – contrairement à la situation française, où la peur du gendarme incite à davantage de prudence au volant..

Dans les villes, on trouve des réseaux de pistes et bandes cyclables de qualité variable, généralement bien plus développés dans la partie alémanique. Mais attention : une bande jaune au sol ne protège pas et les accidents impliquant des cyclistes restent nombreux. Par ailleurs, le comportement des utilisateurs de deux-roues motorisés, qui circulent illégalement sur les aménagements cyclables, représente un danger majeur ! Enfin, la multiplication des engins à moteur sur les pistes cyclables (trottinettes et vélos électriques) augmente encore le risque, dans la mesure où leurs utilisateurs conduisent souvent n’importe comment.

La Fondation SuisseMobile et ses partenaires ont développé un important réseau de véloroutes à travers tout le pays. La plupart du temps, ces itinéraires empruntent des routes à faible trafic, mais parfois aussi des tronçons réservés à la mobilité douce, où la présence de piétons contraint à maintenir une vitesse modérée et à faire usage de sa sonnette.

Il existe des véloroutes nationales, régionales et locales, en fonction de leur longueur. La signalisation est généralement bonne, mais pas excellente : le recours unique à des panneaux de grande taille sans doute coûteux limite leur implantation et il arrive fréquemment que l’on quitte la véloroute sans s’en rendre compte en raison d’un signal manquant ou peu visible (le fond rouge est défavorable aux personnes avec daltonisme, comme moi). Dans ces conditions, et puisque SuisseMobile ne met malheureusement pas à disposition les traces GPX gratuitement, disposer d’un téléphone/GPS avec parcours cyclistes (application OSMAnd, OpenCycleMap) se révèle utile pour retrouver l’itinéraire. Il arrive également que la direction indiquée par un panneau ne soit pas claire à certaines intersections. Une solution peu coûteuse serait d’utiliser des autocollants en plus des panneaux, à placer sur les poteaux et pylônes existants, comme cela se fait au Royaume-Uni.

Si vous aimez les cartes papier, celles au 1:60’000 éditées par l’ATE sont excellentes, quoique très chères.

Attention : le fait de suivre un itinéraire officiel SuisseMobile n’est pas une garantie de sécurité. En effet, certains tronçons, à mon avis non conformes, empruntent des routes dangereuses. Vous trouverez une carte des secteurs dangereux que j’ai personnellement recensés ici.

L’un des attraits du pays est évidemment constitué par les montagnes – et pour les cyclistes, les cols qui y grimpent. Je ne saurais toutefois que rendre attentif au fait que les grands cols alpins et jurassiens sont détestables la plupart du temps en raison de l’importance du trafic motorisé, en particulier les bruyantes hordes de motards lancés à grande vitesse, sans aucun égard pour le reste des usagers. Aussi, si vous souhaitez absolument franchir certains de ces cols, évitez les week-ends printaniers et automnaux ensoleillés, ainsi que les jours fériés.

Les parcours Suisse à vélo sont majoritairement goudronnés, mais comprennent tous des secteurs plus ou moins longs sur chemin blanc (terre et gravier), voie forestière ou agricole non revêtue, peu adaptés aux vélos de course/route.

Quatre itinéraires Eurovelo touchent la Suisse et permettent de relier divers pays : EV5, EV6, EV15, EV17. Si vous n’avez pas de projet particulier, ce sont d’excellentes bases pour démarrer.

Ce qui précède ne concerne pratiquement pas les vététistes, qui disposent de l’instrument idéal pour découvrir la Suisse hors des sentiers battus, même si la multiplication des engins à moteur du type VAE (j’appelle ça des vélomoteurs) facilite l’accès des régions les plus reculées aux foules urbaines, dont une partie ne fait preuve d’aucun respect pour la nature et les autres randonneurs. Triste évolution.

Si vous manquez d’inspiration pour vos sorties VTT, SuisseMobile peut vous aiguiller.

 

Hébergement

Autant le dire tout de suite, vous loger en Suisse vous coûtera pas mal de fric, même pour des solutions basiques. A ce titre, les hébergements listés dans les pages des itinéraires SuisseMobile ne représentent malheureusement pas une option pour les voyageurs qui ne trimballent pas des lingots d’or dans leurs sacoches.

Le premier choix reste comme ailleurs le camping. Nombreux autour des lacs, moins ailleurs. Attendez-vous à payer entre 15 et 40 CHF la nuit pour une personne dans une petite tente, selon le lieu et la saison. Les équipements sont généralement corrects et une partie des établissements est ouverte toute l’année. Plus d’infos sur les liens suivants :

Camping.ch
Campings TCS

Le camping sauvage est interdit en Suisse, sauf à certains emplacements indiqués, mais bon, si vous savez être discret et lever le camp de bonne heure en emportant tous vos déchets, les spots ne manquent pas…

A la campagne, en particulier dans la région alémanique, on peut passer la nuit dans la paille dans certaines fermes (Schlafen im Stroh). Si la grange se trouve juste au-dessus de l’étable, on sent très fort la vache le matin… Mieux vaut demander à planter sa tente dans le jardin. Prix pas plus compétitifs que le camping. Infos et réservations sur les liens suivants :

MySwitzerland.com
myfarm.ch

Dans les petites villes pas trop touristiques, il y a parfois un vieil hôtel où on peut dénicher une chambre simple pour 50 balles, avec douche et WC partagés.

Dans les grandes villes, il n’y a pas de bonne solution : tout est très cher, y compris les lits en dortoir des auberges de jeunesse, et même avec la carte de membre ! Comptez entre 40 et 70 CHF pour une personne, selon le lieu et la saison. Du délire.

Si vous êtes membre de Warmshowers, vous trouverez de bien meilleurs arrangements, au prix d’une soirée non solitaire…

 

Alimentation

Bien que la Suisse soit très densément peuplée, vous ne trouverez pas à manger partout : de nombreux villages sont aujourd’hui réduits à l’état de dortoirs pour pendulaires aisés, qui font tous leurs achats en ville et condamnent donc les petits commerces locaux. Ainsi, vous serez parfois contraint de vous ravitailler dans une station-service, comme si vous étiez une vulgaire bagnole…

Les supermarchés sont ouverts du lundi au samedi, fermés le dimanche. Dans certaines localités touristiques, ils sont également ouverts le dimanche, tout comme les commerces dans les gares, ouverts 7/7 avec des horaires étendus. Le maintien du dimanche férié est très cher aux syndicats, aux employé.e.s de la vente ainsi qu’à toutes celles et ceux qui apprécient l’existence d’un véritable jour de répit hebdomadaire et ses avantages : routes quasi-désertes, villes apaisées. Pour un bon contre-exemple, allez en France le dimanche matin et profitez des longues files de bagnoles dans tous les sens !

Il existe également de plus en plus d’épiceries participatives qui proposent des produits exclusivement locaux, souvent bio, socialement responsables et luttent contre tous les gaspillages, notamment en matière d’emballage. Consultez le web pour savoir s’il en existe proche de votre localisation.

Chacun.e trouvera son enseigne, pour le meilleur ou le pire : les hard-discounters européens proposant de la malbouffe encartonnée se développent dans les quartiers populaires (oui, cela existe aussi dans le pays d’UBS et Roger Federer), garantissant le maintien d’un ordre social dans lequel plus vous êtes modeste, plus vous bouffez de la merde…

Vous l’aurez deviné : les aliments sains et responsables sont très chers en Suisse. Ne parlons même pas du restaurant.

 

Transports publics

Ça, c’est notre point fort – même si leur défense contre les assauts permanents des lobbies de la bagnole et du pétrole restent une tâche quotidienne.

Contrairement à la situation dans certains pays voisins, notamment la France, les trains continuent de circuler dans les moindres recoins du pays, avec des cadences excellentes. Là où ils ne vont pas, vous trouverez un car postal. Ou un bateau, s’il s’agit d’une voie lacustre.

La compagnie nationale de chemin de fer se nomme CFF, pour Chemins de fer fédéraux. Toutes les informations sont disponibles sur leur site : horaires, tarifs, achat de billets…

Les tarifs sont bien évidemment élevés, tout juste acceptables pour ceux qui disposent d’un abonnement demi-tarif – ce qui n’est généralement pas le cas des visiteurs étrangers.

Le transport des vélos est payant dans les trains et cars postaux : les informations détaillées sont ici.

Dans les agglomérations principales, les réseaux de transports publics sont bien développés, mais parfois très lents, en raison de l’encombrement des voies de circulation par le trafic motorisé privé – c’est notamment le cas à Genève (environ 17 km/h de moyenne). Le transport des vélos n’est généralement autorisé qu’aux heures creuses. Heureusement, les villes restent de taille modeste et la plupart des déplacements intra-urbains peuvent se faire à vélo ou à pied.

 

Climat

Le climat de la Suisse est fortement influencé par les Alpes et la proximité de l’Atlantique. Le Sud des Alpes est principalement influencé par la Méditerranée. Quatre saisons se distinguent clairement les unes des autres.

Vous trouverez des informations intéressantes sur les sites suivants :

Office fédéral de météorologie et de climatologie
Wikipédia

Pour ce qui concerne les prévisions météo, rendez-vous sur MétéoSuisse, un véritable joyau de professionnalisme et de vulgarisation, le tout sans pub !!! Il existe évidemment une excellente application pour votre téléphone.

 

Budget indicatif

Comptez entre 60 et 70 CHF par jour si vous achetez votre nourriture uniquement au supermarché et dormez le plus souvent au camping. Ce montant n’inclut pas les éventuels frais de transports publics et peut être ramené à 50 CHF si vous passez toutes vos nuits sous tente et ne prenez jamais de bière ou de café au bistrot.

La Suisse n’est pas membre de l’UE, ni de la zone Euro, et continue d’utiliser sa devise historique : le franc suisse (CHF).

 

Divers

Quelques mots en dialecte alémanique, pour faire plaisir à celles et ceux auxquel-le-s on s’adresse. Selon la région, les mots et la prononciation sont différents.

– Bonjour : Grüezi (Grüessech à Berne, Tagwohl en Valais)
– Bonjour tout le monde : Grüezi mitenand (Grüezi zsame)
– Bien le bonjour : Grüezi wool
– Salut : Hoy, Salü, Tschau 🙂
– Au revoir : Uf Widerluege, Ade (Tschüss en cas de tutoiement)
– Merci : Dankre, Merci
– De rien : Gern gscheh, Keis Problem (pas de problème)
– Comment ça va ? : Wie geits ? Wie gots ?
– C’est bon / c’est bien : Es isch guet
– Bon appétit : En guete
– Je suis fatigué.e : I bi müed
– Je t’aime bien / Je t’apprécie : I ha di gärn
– Quelle heure est-il ? : Wie spät isch es ?
– Je ne parle pas suisse allemand : Ich rede kei schwyzerdütsch

Plus d’infos : Le Schwyzerdütsch pour les nuls

Mais attention : le français de Suisse contient également ses originalités, qui divertiront nos amis français, belges ou québécois !

Helvétismes : ces bizarres expressions suisses
Lexique d’helvétismes

 

Autres liens utiles

Géographie de la Suisse, Wikipédia
Géographie, Confédération Suisse
Le Courrier, quotidien genevois indépendant
La Cave 12, salle de concert historique, pour le cas où vous seriez bloqué à Genève (sinon je ne vois pas pourquoi on voudrait y passer la nuit)
L’Usine, Centre culturel autogéré genevois
Docks, salle de concert lausannoise
La Case à chocs, salle de concert neuchâteloise
Bikini Test, salle de concert de la Chaux-de-Fonds
La Coupole, Centre autonome biennois
Fri-Son, Centre culturel alternatif fribourgeois
Reitschule, Centre culturel alternatif bernois
Rote Fabrik, Centre culturel alternatif zurichois
Grabenhalle, Salle de concert saint-galloise
The Young Gods, groupe de rock mythique depuis la fin des années 80
Coilguns, plus récent que les GodZ, un autre exemple de rock énergique made in Switzerland

 

La Suisse en quelques chiffres

Superficie : 41 285 km2
Population : 9 millions d’habitants (2024)
Densité : 219 hab./km2

2 réflexions sur « La Suisse à vélo »

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