Grand Raid 2016

Après la belle course de l’an passé, j’étais très impatient de participer à mon deuxième Grand Raid, sur le parcours Hérémence-Grimentz. Du point de vue sportif, j’avais pour objectif d’améliorer mon temps d’au moins 36 minutes, afin de passer sous la barre des 7 heures. Mais plus généralement, je souhaitais obtenir confirmation que cet événement est vraiment exceptionnel, tant du point de vue de la qualité de l’itinéraire que de l’ambiance sur le parcours. Et j’ai eu tout ce que je désirais – sauf le soleil !

Il faut dire qu’on s’y attendait, à cette absence de l’astre du jour, le 20 août 2016. Pendant la semaine qui a précédé, je suis resté quasi scotché à l’excellent blog de Frédéric, de MeteoNews, tentant de deviner à travers les prévisions des divers modèles présentés le sort qui nous serait réservé le jour de la course. Pas un détail, quand on sait qu’on doit franchir notamment le Pas de Lona à près de 2800 mètres d’altitude : un orage ou la neige peuvent y poser de vrais problèmes de sécurité – sans parler du « confort » des participants. D’ailleurs, la seule pluie rend l’épreuve plus compliquée, transformant le terrain en « patinoire » et augmentant le risque de chute, en particulier sur les racines, grosses pierres et sentiers boueux.

Je n’ai pas été le seul à me soucier de la météo, puisque le blog de Frédéric a été consulté plus de 35’000 fois dans la quinzaine qui a précédé la course ! Au final, on retiendra que les prévisions pessimistes ne se sont pas réalisées et que c’est même la version la plus optimiste qui avait vu juste : selon Frédéric, il a plu entre 11 heures et 12h30. De mon côté, je me souviens qu’il a commencé à tomber une pluie fine lorsque je montais vers l’A Vieille, pluie qui s’est nettement renforcée alors que j’arrivais au ravitaillement de l’A Vieille (11h20). Je me suis alors équipé pour la montée au Pas de Lona, puis l’intensité des précipitations a baissé progressivement et il ne pleuvait plus lorsque je suis arrivé à Moiry (12h45). On s’en est bien tirés !

Ayant reçu cette année un dossard « 5000 », j’ai bénéficié d’un départ anticipé de 15 minutes par rapport à l’an passé et c’est à 6h32 que mon chrono a commencé à tourner, dans cette aube très tempérée grâce à la présence des nuages (16 degrés).

Moment magique quand on s’élance et parcourt, en peloton serré, les premiers kilomètres de cette longue aventure, déjà encouragés par un public très matinal. Lorsque c’est possible, je regarde s’illuminer la face inférieure des nuages, avec le lever du soleil, quelque part à l’est – mais nous ne le voyons pas. Dès Mâche, la pente agit et la file s’étire. J’adopte la même stratégie que l’an passé : j’appuie dans les montées, conscient de ma faiblesse en descente. Et je supprime les longues pauses aux ravitaillements, me contentant d’y avaler au plus vite quelques aliments et boissons énergétiques. L’heure est à l’efficacité, pas à la flânerie – c’est mon choix. D’ailleurs, selon les infos météo dont on dispose à ce moment-là, plus on ira vite, plus la probabilité de terminer au sec est grande…

J’apprécie toujours autant la montée à Mandelon, puis la suite un peu casse-pattes à l’alpage de Vendes où j’ai la chance de ne pas être coincé derrière un groupe qui pousse tout le temps comme l’an passé. Certes, on pousse dans les passages les plus techniques, mais rapidement, et on peut rouler le reste du temps.

Les photographes sont de nouveau postés aux endroits stratégiques de ce fabuleux single trail où l’on se bat contre le temps sur fond de Dent Blanche et de Cervin.

Grand Raid
Grand RaidPlus loin, je bénéficie d’une descente relativement tranquille de Chemeuille à Evolène, sans être continuellement dépassé par des bolides qui obligent d’une certaine manière, quand on est lent, à se cantonner sur la gauche de la piste même quand cela veut dire rouler dans la caillasse alors qu’à gauche c’est plus lisse…

Il y a du public à Evolène et c’est évidemment une étape sympathique – laquelle ne l’est pas, d’ailleurs ? Au ravitaillement, il s’agit d’engloutir suffisamment de carburant pour monter jusqu’au Pas de Lona, 1400 mètres plus haut, mais encore plus si l’on compte le dénivelé réel, puisqu’on « perdra » 200 mètres d’altitude entre Volovron et Eison.

Comme l’an passé, c’est sur cette section entre Evolène et Eison que je réaliserai ma meilleure performance : 43e sur 212 hommes de ma catégorie (Senior 2, pour la dernière fois…). La montée me convient évidemment, mais aussi le single trail lisse et rapide entre Volovron et Eison, que je connais par coeur et sur lequel j’apprécie énormément la chorégraphie qui se joue entre les courbes, les deux virages en lacet, les arbres et le précipice – même si les photos laissent entrevoir un visage préoccupé avant tout par le pilotage…

Grand RaidGrand RaidEn raison des prévisions météo, la plupart du public nous attend dans les villages. Il y a donc à nouveau un peu de monde à Eison et dans les premiers virages de la piste de l’A Vieille – refaite en 2016 et désormais lisse comme une autoroute, ce qui facilite évidemment un certain gain de temps sur le parcours. C’est également sur cette piste que je regarde avec appréhension les montagnes de la rive droite du Rhône disparaître sous un halo dû à la pluie… Je tente naïvement d’accélérer, mais en vain : je donne déjà le maximum dans cette longue montée. Puis les gouttes commencent à tomber, fines, éparses, sur la file silencieuse des grimpeurs et grimpeuses.

La vraie pluie nous atteint juste au moment où j’arrive au ravitaillement de l’A Vieille. J’attrape quelques victuailles proposées, toujours avec le sourire, par les bénévoles et me colle contre le mur d’un chalet pour ne pas me faire tremper. Puis j’enfile ma veste imperméable et la housse de casque – car je déteste avoir la tête mouillée – avant de me lancer, avec résignation, à l’attaque du Pas de Lona. Finalement, ce n’est que de la pluie et la température est encore relativement douce. Après le premier pâturage franchi en selle, il faut pousser le vélo et je suis content de marcher un peu, pour changer d’effort.

Le Pas de Lona, c’est LE passage mythique du Grand Raid, donc même sous la pluie, il y a du public pour nous encourager, ce qui est réellement motivant lorsqu’on va ainsi au bout de soi : on s’accroche à tout ce qu’on peut pour continuer à aligner les pas, sans fléchir, sans s’arrêter plus de quelques inspirations, dans cette pente raide, en dévers, au sol meuble par endroits, et où les passages permettant le dépassement ne sont pas si nombreux. C’est juste sous le sommet de ce défi-là que j’ai été dépassé par Urs Huber, vainqueur encore une fois du grand parcours entre Verbier et Grimentz. Je l’ai regardé quelques instants et je peux vous garantir que son visage présentait bien les traits de l’effort extrême, voire de la douleur. Impressionnant.

Grand RaidHélas, la pluie qui avait un peu baissé en intensité a repris, dissuadant les joueurs de cor des Alpes de poursuivre leur récital au sommet de l’épreuve.

Grand RaidDe toute façon, pour nous, le temps n’est pas à l’écoute – il faut arriver à Grimentz au plus vite, pour terminer la course et aussi parce que nous croyons encore que le déluge est à venir, dans les prochaines minutes. Avec la pluie, la température a baissé : plus que 7 degrés, j’enfile donc mes gants en Néoprène pour la descente.

La partie « physique » est achevée, quoique la montée au Basset de Lona réserve encore quelques sérieux pourcentages et que la longue descente vers Moiry puis Grimentz soit loin d’être de tout repos. Mais le défi est désormais davantage technique : il faut maîtriser sa vitesse et sa trajectoire sur des pistes et sentiers par endroits caillouteux, rendus en outre particulièrement glissants par la pluie.

Grand RaidGrand RaidGrand RaidMaîtriser sa vitesse : pour moi une évidence, tant je suis craintif à la descente. Je fais de mon mieux, mais tout le monde me dépasse…

Le sentier qui dévale la pente à côté du barrage est glissant et creusé par les freinages, qui provoquent également des vaguelettes désagréables (effet « tôle ondulée »). De l’autre côté de la route de Moiry, je fonce à travers le premier gué et en ressort trempé, puis je répète cette « tactique » de vrai bourrin pour les 2 gués suivants, un peu plus bas, avec le même effet.

Grand RaidRestent le pierrier, glissant lui aussi, où je me traîne pour ne pas tomber ni démolir mon vélo, puis la piste caillouteuse pourrie jusqu’à Grimentz (l’unique passage que je déteste).

Mission accomplie ! J’arrive sans aucun incident sur le parcours et très content de la course malgré la pluie.

Grand RaidAprès avoir dégagé l’aire d’arrivée, j’ouvre le dernier sms reçu du système de chronométrage : 6h39, soit 57 minutes de moins qu’en 2015. Voilà un beau résultat !

C’est avec un grand sourire intérieur que je file laver mon vélo, puis graisser la chaîne. Et comme il ne pleut pas et que je ne suis pas tout à fait mort, je décide de rentrer à Mase à vélo, via Vercorin et Nax, mais tranquillement. J’aime beaucoup la piste forestière entre Grimentz et Verco (voir cet itinéraire). J’y suis dépassé par les trois motard qui ont accompagné le Raid et on se salue, évidemment. De retour sur la route, à Vercorin, je vois passer quelques voitures ramenant un vélo avec une plaque de cadre du Raid, mais je ne croise aucun autre participant sur deux roues… Finalement, à Loye, alors qu’il faut remonter à Nax, je téléphone pour qu’on vienne me chercher : je suis cuit. Depuis Hérémence, j’ai parcouru 91.5 km, avec 3000 m de D+…

Les jours suivants, l’analyse détaillée de mes chronos confirme mes aptitudes à la montée ainsi que ma médiocrité à la descente : 82e à Mandelon, 43e à Eison, 83e au Pas de Lona, mais 129e à Evolène, 184e à Moiry et 174e à Grimentz (étapes seulement, et non rang cumulé). Au final, ce yoyo du chronomètre me vaut quand même une belle 99e place sur 212. Cool. Reste à faire mieux en 2017.

Grand RaidQuelques images en mouvement ici.

Merci à tous, participants, bénévoles et public enthousiaste, pour cette magnifique journée sportive dans les Alpes, et à l’année prochaine !

Matricule 5117

PS : Le parcours est ici. Balisé à l’année pour ceux qui souhaitent le découvrir. Enjoy !

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