NON à l’accord de libre-échange avec l’Indonésie

Le 29 novembre dernier, une législation protégeant depuis toujours les intérêts du monde de l’argent réduisait à néant la victoire démocratique des partisans de l’initiative pour des multinationales responsables, acceptée par 50.7% des votants. Ce texte exigeait des sociétés qui ont leur siège en Suisse de veiller au respect des droits de l’homme et des normes environnementales internationalement reconnues. Il a été farouchement combattu par les autorités fédérales, les milieux économiques et la droite suisse. Soit exactement les mêmes protagonistes qui tentent aujourd’hui de repeindre en vert un néolibéralisme destructeur et suicidaire, par le biais d’un accord de libre-échange avec un pays distant de plus de 11’000 kilomètres, à l’heure de l’urgence climatique ! Des citoyens lucides et courageux ont lancé un référendum contre ce projet insensé et c’est la raison pour laquelle nous voterons le 7 mars.

L’unique motivation des partisans de cet accord commercial est d’élargir les possibilités d’exportation de produits suisses à haute valeur ajoutée (médicaments, machines, services, horlogerie, luxe) tout en augmentant les importations à faible valeur ajoutée (produits agricoles, matières premières, textiles). Le mot-clé est basique : plus, toujours plus – et peu importe que la Terre, elle, ne grandisse pas…

On nous l’a déjà démontré dans la campagne pour la votation de novembre : rien ne compte davantage que les places de travail en Suisse – et les dividendes des actionnaires, même si on n’en parle pas. La guerre commerciale et la compétitivité érigées en valeurs absolues, au détriment de toute considération sociale ou environnementale et au-delà de toute logique.

Si tel n’était pas le cas, aurions-nous l’occasion d’entendre le président de la Confédération plaider sa cause au monde agricole suisse, en partie réticent, en argumentant de l’opportunité de l’abaissement des tarifs douaniers pour l’exportation vers l’Indonésie de nos produits laitiers ? [écoutez Guy Parmelin ici, à 12:14] Oui, vous avez bien lu et bien entendu : de nos produits laitiers !!! Nous allons exporter du chocolat, des yaourts et du fromage en Indonésie, à 11’000 kilomètres… Qui élit de pareils aliénés au 21ème siècle ?

Les échanges à longue distance ne sont pas et ne seront jamais durables ! Cette seule raison suffit aujourd’hui à rejeter en bloc cet accord dangereux et tous ceux qui suivront, avec d’autres régions tout aussi lointaines (Mercosur, Etats-Unis).

De plus, le libre-échange n’a jamais réellement bénéficié aux populations, en particulier lorsqu’il est imposé entre des régions de niveau économique très différent. Pour un monde durable et un développement sain, l’Indonésie doit échanger avec ses voisins (ils sont nombreux !) et cesser de détruire sa biodiversité pour produire de l’huile de palme pour l’exportation vers les pays riches.

Les promoteurs de l’accord, dont fait évidemment partie le lobby Économiesuisse, mettent en exergue une production indigène d’huile ne répondant pas aux “besoins de la population” [écouter ce débat à 5:40] et rendant indispensable le recours à l’importation d’huile de palme.

Or, les prétendus besoins de la population n’existent pas, en tout cas pas dans la mesure où on voudrait nous le faire croire. Dans le monde néolibéral, les besoins sont fabriqués, artificiellement, par le biais du marketing, du matraquage publicitaire (on ne manquera pas de signaler au passage l’immense contribution du sport de compétition) et d’un développement technologique qui ne répond qu’à l’impératif de produire toujours plus, tout en nous dépouillant jour après jour de nos liens avec le monde réel.

Pour en revenir à l’huile de palme, ce produit industriel néfaste pour l’environnement n’entre que dans la production d’aliments malsains et de produits dont nous n’avons justement PAS besoin (pâtes à tartiner dégueulasses, produits cuisinés industriels, sucreries, cosmétiques).

Personnellement, je me fiche que des places de travail soient perdues dans le pays le plus riche du monde dans des secteurs économiques qui prospèrent au détriment de la santé des populations ou de la nécessaire protection de l’environnement et, en fin de compte, nous conduisent dans le mur. Alors que l’humanité tout entière est confrontée à une pandémie dont l’origine est à rechercher dans les bouleversements que notre mode de “développement” fait peser sur la planète et le monde vivant (voir également cet article), et tandis que nous connaissons depuis des décennies les dangers d’un changement climatique anthropogène irréversible, il est urgent de changer de modèle. Non, toutes les activités ne se valent pas et la “liberté d’entreprendre” si chère à la droite ne doit pas nous aveugler, nous faire perdre de vue les véritables enjeux de notre temps.

Bien sûr, personne ne doit être abandonné au bord du chemin vers un monde durable. Nos sociétés accompagneront ceux qui perdent leur emploi en prélevant les ressources nécessaires là où elles se trouvent, d’abord chez ceux qui ont tout, puis en soustrayant à l’emprise du Marché les secteurs d’activité essentiels : santé, éducation, souveraineté alimentaire, etc. Aucun changement n’est désirable s’il s’effectue au détriment de la solidarité, mais il est toutefois évident que nous ne pourrons plus nous vautrer dans l’hyperconsommation comme jusqu’à présent.

Parce que c’est nécessaire, parce que c’est urgent et parce que la crise sanitaire nous a montré que c’était possible, nous devons revenir à nous, nous débarrasser une bonne fois pour toutes de l’aliénation néolibérale, désarmer les lobbies du monde de l’argent et nous engager dans la construction d’un monde véritablement humain, solidaire et durable¹.

Ou bien faudra-t-il encore plus de morts pour que nous devenions moins cons ?

Comment ce Conseil Fédéral peut-il d’une main signer l’Accord de Paris sur le climat et de l’autre soutenir des projets qui nous assurent une augmentation sans fin des émissions de CO2 ?

Le 7 mars, tou-te-s celles et ceux qui ont voté OUI à l’initiative pour des multinationales responsables seront cohérent-e-s et voteront NON à l’accord de libre-échange avec l’Indonésie. Pour les mêmes motifs. Dans le cas d’un référendum, 50.7% des voix nous permettront de faire triompher la protection de la vie contre l’attitude prédatrice des promoteurs de la croissance sans fin.

Notons enfin que lorsque la justice est saisie, elle donne souvent raison aux défenseurs de l’environnement et du climat, parfois même à l’encontre d’États démocratiques, comme ce fut le cas récemment en France avec l’Affaire du Siècle. Bien sûr, la condamnation à un euro symbolique n’est pas à la mesure du crime, mais la reconnaissance de l’illégalité de l’inaction climatique de la France fait quand même tache et, avec les nombreuses autres procédures engagées à travers le monde, balise le chemin vers un monde plus responsable et plus juste. Pas étonnant donc que ceux qui ont des intérêts très matériels à défendre se mobilisent lorsqu’on leur parle de responsabilité. Ce qui est nettement plus révoltant, en particulier dans le cas des démocraties, c’est que les moyens gigantesques dont ils disposent leur permettent littéralement d’acheter nos gouvernements et de faire passer des projets de loi qui ne servent que leurs propres intérêts à court terme.

D’autres personnes s’expriment mieux que moi, notamment Adèle Thorens et Lisa Mazzone, et je vous invite à consulter les liens suivants :

L’accord de libre-échange avec l’Indonésie n’a rien à voir avec le développement durable

Votations suisses du 7 mars: NON au libre-échange avec l’Indonésie


¹ Voir à ce propos les “Propositions pour un retour sur Terre” élaborées par Dominique Bourg et six autres chercheurs. On écoutera également avec intérêt l’entretien accordé le 10 janvier par Dominique Bourg, à l’enseigne de “A voix haute”, sur la Première :  “Covid et climat : comment être à la hauteur ?

1 réflexion sur « NON à l’accord de libre-échange avec l’Indonésie »

  1. Dans la même votation fédérale, le 7 mars, on n’omettra pas de glisser deux autres NON :
    – NON à l’initiative populaire de l’UDC sur “l’interdiction de se dissimuler le visage” (à l’heure où nous devons tous porter des masques, le propos pourrait faire sourire – sauf qu’il est issu de milieux vraiment détestables)
    – NON à la Loi sur les services d’identification électronique (LSIE), car nos données ne sont pas à vendre.

    A Genève, on sera bien avisé d’envoyer en enfer le projet “Parking Clé-de-Rive” de la droite et des milieux de la bagnole, en votant également NON.

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