Je déteste l’UDC, son idéologie égoïste et xénophobe, son climato-scepticisme, son mépris total pour les enjeux environnementaux et la justice sociale, ainsi que son ministre-lobbyiste à la solde des industries pétrolière et de la bagnole. Tout cela est à vomir !
Mais je déteste tout autant le mensonge permanent des gourous de la croissance infinie qui condamnent l’humanité et tout ce qui vit dans le seul but de continuer d’enrichir une petite minorité au-delà de l’imaginable, d’enfermer des milliards de personnes dans la poursuite d’une hyperconsommation mortifère et de laisser crever les autres – celles et ceux qui ont eu le malheur de naître un peu plus loin.
Les scientifiques publient depuis plusieurs décennies des avertissements sans équivoque au sujet du réchauffement climatique, de l’acidification des océans, de la pollution plastique, de l’effondrement de la biodiversité, de la dégradation des terres cultivables et de la raréfaction de nombreuses ressources naturelles essentielles, au premier rang desquelles l’eau. Nous voyons les conflits se multiplier aux quatre coins du globe, avec, sous diverses couches de vernis, toujours la même cause – le contrôle et le pillage des matières premières. Sauf en Palestine, bien sûr, où Israël conduit son génocide en toute impunité, sans la moindre convoitise pour les oliviers…
La responsabilité des plus riches dans les dommages irréversibles causés à l’environnement n’est plus à démontrer¹, toutefois la promotion incessante d’une hyperconsommation pour tous, si chère aux apôtres zélés du monde de l’argent, généralement recrutés dans les rangs de la droite, mais pas que, contribue massivement à l’effondrement planétaire.
Me déplaçant très régulièrement en Suisse, à vélo ou en train, mais aussi dans les autres pays d’Europe, j’ai constaté depuis longtemps que des régions se vident, tandis que les gens s’entassent dans d’autres – notamment sur le Plateau suisse, entre Genève et St-Gall, où la densité moyenne atteint 600 habitants/km², soit l’une des plus élevées du continent ! Rappelons au passage que la densité de 226 hab/km² qui figure dans les statistiques officielles suisses ne représente pas les conditions de vie de la majorité des résidents du pays, dans la mesure où près de 70% du territoire sont montagneux et par conséquent très faiblement peuplés – tout comme la région française voisine d’Auvergne, magnifique mais agonisante, avec ses 52 habitants au km²…
Que dire d’une économie qui crée et renforce de tels déséquilibres entre les territoires ?
A Genève, 2e canton le plus densément peuplé de Suisse, la situation est encore plus critique : 1880 hab/km² pour le canton et 13’150 hab/km² pour la ville ! L’augmentation de la population résidente se poursuit année après année au rythme de 1 à 1.5%, entraînant de multiples conséquences : bétonnage effréné, chantiers permanents qui entravent la mobilité et dégradent la qualité de l’air (émission de particules fines notamment), transports, équipements publics et voirie saturés, pollution due à un important trafic individuel motorisé avec une forte proportion de gros 4×4, pour n’en citer que quelques-unes. Et les prochaines années seront pires, avec la multiplication des nouveaux quartiers d’entassement des futurs arrivants aux quatre coins de la ville. Pour avoir une idée, allez faire un tour au quai des Vernets, et imaginez toute la superficie du PAV avec une telle densité !
Hors de la ville, je constate à chaque sortie que des arbres ont été abattus pour faire place à des villas ou des immeubles, qu’un chemin de traverse a été goudronné, qu’un bâtiment agricole a été remplacé par un lotissement pour pendulaires, qu’une forêt a été massacrée par des entreprises qui feraient mieux d’aller démontrer leurs talents sur le champ de bataille ukrainien, pour repousser l’agresseur.
Qui ne remarque pas que la nature recule jour après jour devant l’expansion de ces humains dont les conditions de vie ne sont menacées que par la poursuite aveugle d’une surabondance matérielle inutile ? Autrement dit : les dégradations de l’environnement dont il est question ici, liée à l’augmentation de la population, ne sont absolument pas nécessaires pour garantir des conditions de vie dignes à tous et toutes.
Dans les faits, la population suisse, quelle que soit sa nationalité, est responsable d’une empreinte carbone démesurée, avec 14 tonnes par an, soit trois fois la moyenne mondiale. A ce titre, la Suisse est responsable de 2 à 3% des émissions mondiales et se rapproche de pays comme le Brésil ou l’Indonésie. C’est avant tout la richesse des habitant.e.s de ce pays qui est en cause, puisqu’elle favorise une hyperconsommation totalement irresponsable au regard des enjeux fondamentaux de notre temps – à savoir préserver un monde vivable pour les générations futures.
Par conséquent, il est urgent d’opposer une résistance déterminée au mythe suicidaire de la croissance infinie, tout en permettant un rééquilibrage des conditions de vie au niveau planétaire : on enlève où il y a trop, on ajoute où il n’y a pas assez. Dans ce contexte, la Suisse n’a certainement pas besoin de davantage de population, de plus d’entreprises ou de bagnoles. Bien sûr, il faudra faire preuve de courage et d’intelligence pour faire évoluer des lois qui ne protègent aujourd’hui que le capital et ceux qui le détiennent, afin de continuer d’assurer des services publics de qualité, voire de les améliorer – avec moins d’argent. Ceci dit, le potentiel d’économie à large échelle existe bel et bien, si l’on participe à l’émergence d’une monde basé sur la coopération plutôt que sur la compétition et l’affrontement permanents : cassons déjà les contrats d’achat d’armement américain (F-35 et missiles Patriot), taxons le carburant d’aviation ainsi que toute l’énergie grise des produits et services que nous achetons, balayons les forfaits fiscaux, récupérons les milliards volés par les propriétaires immobiliers, réorientons les dépenses privées vers les secteurs utiles à tous, et surtout, désarmons les lobbies, brisons les chaînes de la pensée unique néolibérale !
Depuis mon plus jeune âge, je me suis mobilisé pour la solidarité internationale et la protection de l’environnement, contre toutes les politiques guerrières, impérialistes ou croissancistes. J’ai battu le pavé, signé des initiatives et pétitions, exercé mon droit de vote à chaque scrutin communal, cantonal ou fédéral, soutenu financièrement des ONG et associations, monté un micro-projet de développement en Inde, risqué ma vie en mission humanitaire dans des pays troublés, été gazé sans discrimination lors de manifestations populaires, notamment en faveur de Gaza, j’ai cru en la mobilisation des jeunes pour le climat, aujourd’hui décédée…
Toutefois, en Suisse, toutes nos initiatives sont systématiquement balayées, parce que c’est l’argent qui dicte le cap et forge les opinions. Point.
Au quotidien, je me réjouis de parvenir à consommer le moins possible sans en ressentir le moindre effet négatif – bien au contraire, une journée sportive à VTT ou en kayak avec piknik dans le sac à dos me remplit d’un bonheur simple autant qu’accessible à tous. Malgré cela, mon empreinte écologique reste un peu trop élevée : entre 5 et 6.5 tonnes par an d’équivalent CO2, soit 1.5 planète, selon le calculateur utilisé (nos gestes climat ou WWF). Il reste donc une marge de progression !
Plus d’un demi-siècle d’existence terrestre m’a convaincu que la seule voie qui s’offre à l’humanité est celle de la décroissance.
- https://geoconfluences.ens-lyon.fr/glossaire/decroissance
- https://greenly.earth/blog/guide-entreprise/la-decroissance-un-choix-avant-quelle-ne-soit-une-contrainte
- https://lecourrier.ch/2026/01/26/decroissance-une-histoire-romande/
- https://www.melchior.fr/note-de-lecture/ralentir-ou-perir-l-economie-de-la-decroissance
Bien loin du cliché des adorateurs du capital qui vous peignent le « retour à l’âge de pierre » parce que c’est leur seul pseudo argument, je m’engage avec enthousiasme pour la simplicité volontaire.
S’agissant de la relation avec nos partenaires européens, qui est effectivement importante, elle dépendra de notre capacité à expliquer les raisons de nos choix, responsables, tant sur le plan local que global : moins pour nous, un peu plus pour eux, en particulier les régions les moins pourvues en emplois et services publics. Sans honte, car on ne peut pas dire que l’UE ait brillé ces derniers temps, notamment vis-à-vis du débile de Washington, des massacres à Gaza, de la guerre au Moyen-Orient ou encore des attaques dégueulasses contre les villes ukrainiennes et leurs habitant.e.s.
Parce que toutes nos tentatives de faire évoluer le monde vers un projet durable échouent et échoueront contre l’écueil titanesque du capital, j’en suis réduit à faire des choix opportunistes : je profite des signatures récoltées par l’UDC pour détourner l’intention, pour dire STOP à la croissance sans fin et instaurer l’obligation d’évoluer vers une société plus responsable. Je dis NON à la croissance, mais je m’opposerai avec énergie et détermination contre les objectifs détestables de l’UDC (« tout pour nous et rien que pour nous »).
Je voterai donc OUI à l’initiative populaire « Pas de Suisse à 10 millions d’habitants », pour des motifs totalement différents de ceux promus par l’UDC, contre une classe politique qui reste inféodée au mythe suicidaire de la croissance économique et n’a pas de solutions à proposer à l’urgence environnementale, y compris dans le camp auquel j’appartiens depuis toujours, celui qui ne défend pas que les intérêts de ceux qui ont déjà tout et en veulent encore plus.
Car la réalité, c’est ça :
Source : NASA
J’invite les entreprises responsables à s’installer dans les territoires qui ont véritablement besoin d’emplois et de services de base pour ne pas être effacés de la carte, permettant un rééquilibrage de la population et des conditions de vie entre les régions d’Europe – quels que soient les pays concernés.
Et je préférerai toujours que l’on accueille celles et ceux qui ont besoin de protection dans un monde dominé par des malades et des salauds², plutôt que des expats à haut salaire !
Enfin, si vous craignez que l’UDC se gargarise de nos voix attrapées hors de son sérail, n’oubliez pas que le scrutin du 14 juin comporte également un objet concernant le démantèlement du service civil : votez NON à ce projet de la droite et de l’UDC ! Ainsi, votre bulletin marquera clairement votre différence avec les forces réactionnaires et fascisantes du pays 🙂
Si quelqu’un pense qu’il faut se distancier davantage des initiants, on peut toujours lancer une pétition sur change.org et compter NOS voix décroissantes.
On emmerde l’UDC !
Notes :
¹ Consulter notamment : article Oxfam (2025), Émission La Terre au carré (France Inter, 2023), article Nature Climate Change (2025), Global carbon inequality over 1990-2019 (nature sustainability, 2022)
² Cherchons de la corde pour les trois ordures planétaires qui ont le plus de sang sur les mains, et oui, vous avez bien deviné !
Pour aller plus loin :
- Combien pollue un voyage en avion ? (Yvan Richardet)
- L’impact climatique démesuré des technologies numériques (Swissinfo)
- Où vivent les 9 millions de Suisses ? (RTS)
- Quelle est notre empreinte carbone ? (Ville de Genève)
