A Pâques vers la Méditerranée

Après deux années (2012 et 2013) durant lesquelles la météo pascale m’a dissuadé de partir en voyage, j’ai enfin pu refaire l’expérience magique d’une escapade printanière vers le sud et la grande bleue. Profitant d’une bise soutenue, j’ai littéralement “décollé” de Genève le 12 avril dans l’après-midi, en direction de l’Ardèche et du Massif central, avec comme objectif d’arriver à Narbonne. Diaporama plein écran ici.

J’ai toujours autant de plaisir à commencer un voyage au seuil de ma porte et ne me lasse pas de ce trajet maintes fois parcouru entre Genève et St-Vallier dans la Drôme. Mes étapes favorites sont :

– en Haute Savoie (74), le passage du Mt Sion et du Vuache, le joli bourg de Seyssel (halte café-croissant !) et la piste cyclable au bord du Rhône jusqu’au pont sur le Fier ;

Vers la Méditerranée à vélo– en Savoie (73), la traversée de la Chautagne et le tronçon entre Le Mollard et Chanaz ;

– dans l’Ain (01), le cheminement hors trafic sur la digue du canal de dérivation du Rhône entre Chanaz et le lac du Lit au Roi (hélas fermé cette année, avec déviation par la D921 et la D37A), puis sur la rive droite jusqu’en aval de Belley ;

– en Isère (38), le lac Paladru où je passe toujours ma première nuit au camping, la petite route entre Charavines et Apprieu, la traversée de la plaine de Bièvre, les noyers, la halte pique-nique sur la place ombragée de Thodure et la forêt de Chambaran ;

– dans la Drôme (26), l’autre halte pique-nique près du Palais du Facteur Cheval à Hauterives, le pont sur la ligne TGV à Mureils où je m’arrête pour voir passer un ou deux trains à grande vitesse (spectacle impressionnant !) et la nuit au camping de St-Vallier, après une ou deux bières devant le spectacle apaisant des péniches naviguant sur le Rhône, tandis que le soleil se couche sur les collines ardéchoises – au programme du lendemain !

Cette année, grâce à Fabrice qui m’a accompagné les trois premiers jours, j’ai même découvert un nouveau tronçon de la voie cyclable ViaRhôna, qui devrait un jour relier le Léman à la Méditerranée.

Jusqu’à maintenant, aux environs de Virignin (Ain), je franchissais le canal de dérivation du Rhône sur le pont de Brens et prenais la route départementale peu fréquentée sur la rive droite, pour atteindre Murs-et-Gélignieux. Mais cette fois-ci, après avoir passé dans le village de Virignin, nous nous sommes engagés sur la D1504 pour traverser le cours naturel du Rhône dans le magnifique défilé de Pierre-Châtel (ou Gorges de la Balme).

Vers la Méditerranée à véloAttention toutefois : la D1504 est une route à fort trafic et le tracé sinueux ainsi que des tunnels la rendent d’autant plus dangereuse dans le défilé de Pierre-Châtel ! Ceux qui redoutent de rouler dans le trafic peuvent se rabattre sur l’itinéraire rive droite, via Peyrieu (Ain).

Au village de La Balme, à la sortie des gorges, nous avons retrouvé la ViaRhôna qui chemine sur la rive gauche, empruntant des chemins ruraux goudronnés et la plupart du temps hors trafic jusqu’aux portes de St-Genix-sur-Guiers. Comme c’était un dimanche ensoleillé, il y avait pas mal de monde, et notamment des familles, sur ce beau parcours protégé le long du Rhône.

Vers la Méditerranée à véloBien évidemment, c’est après le franchissement du Rhône à St-Vallier que les choses sérieuses commencent.

Vers la Méditerranée à véloEn raison de travaux, nous n’avons pas pu prendre la D221 qui monte vers le Haut-Vivarais par les magnifiques Gorges de l’Ay, mais avons beaucoup apprécié la variante par la D6, jusqu’à St-Jeure-d’Ay, et surtout les cols successifs de Juvenet (681 m), du Marchand (911 m) et du Faux (1021 m) qui nous ont conduits jusqu’à Lalouvesc, à 1091 mètres d’altitude. Durant cette longue montée, on traverse plusieurs “étages” climatiques, comme le démontrent les différents types de végétation qui se succèdent. La présence quasi permanente des genêts est toutefois remarquable, mais sa floraison est de moins en moins avancée au fur et à mesure de l’ascension.

Vers la Méditerranée à vélo

Vers la Méditerranée à vélo

Vers la Méditerranée à véloJ’aime énormément cette Ardèche Verte si dépaysante et à l’écart des circuits touristiques. Les routes sont pratiquement désertes, mais gare à l’occasionnel camion-mammouth chargé de troncs gigantesques – l’industrie forestière est l’une des principales activités économiques du plateau ardéchois. Ce contraste par rapport à l’infernale agitation de la vallée du Rhône a toutefois ses inconvénients : mieux vaut avoir un peu de provisions, car les épiceries et autres boulangeries encore ouvertes sont rares là-haut.

A Pâques, sur le plateau, il peut faire froid : à plus de 1000 mètres d’altitude, le rayonnement thermique dû à un ciel tout bleu garantit des aubes glaciales. Ainsi, nous avions un petit zéro degré au réveil dans le bien-nommé village de St-Bonnet-le-Froid et la sensation de froid était encore accentuée par un vent du Nord persistant. Depuis mon départ du gîte vers 9 heures jusqu’au Chambon-sur-Lignon, la température s’est maintenue entre 3 et 6 degrés, rendant la pause-café sur une terrasse ensoleillée extrêmement bienvenue ! Ceci dit, j’avais avec moi un équipement suffisant pour affronter ces températures, mais lorsqu’on parcourt une région accidentée, alternant les montées dans lesquelles on transpire et les descentes “frigorifiantes”, cela implique des arrêts fréquents et un incessant jonglage avec les vêtements qui ralentissent considérablement la progression…

Après avoir cheminé un moment sur la Ligne de partage des eaux, je me suis retrouvé dans le bassin de la Loire pour affronter la montée vers le massif du Mt Mézenc, à travers hauts plateaux et pâturages.

Vers la Méditerranée à vélo

Vers la Méditerranée à vélo Grâce à une météo exceptionnelle, la vue portait loin et notamment jusqu’aux Alpes, au-delà de la vallée du Rhône. Ayant déjà roulé de nombreuses fois sur le versant oriental du Mt Mézenc, je souhaitais cette fois passer de l’autre côté, en direction des Estables. Mais après le dernier village, le poteau indicateur me réservait une mauvais surprise :

Vers la Méditerranée à véloHeureusement, un groupe à VTT arrivait en face et j’ai pu obtenir l’info que le col était tout à fait franchissable, malgré quelques passages encore enneigés. Dans le cas contraire, il aurait fallu se résoudre à bifurquer vers l’Ardèche à ce petit croisement pour aller prendre une nouvelle fois la route du versant est.

La pente est modérée dans cette montée qui commence par des larges courbes dans les pâturages et se termine dans la forêt. Le sommet du Mt Mézenc est visible la plupart du temps.

Vers la Méditerranée à véloUn peu avant le col, un étonnant piton rocheux attire les amateurs de varappe. Comme prévu, j’ai traversé en poussant quelques passages enneigés, dont le plus long mesurait une centaine de mètres.

Vers la Méditerranée à véloA 1569 mètres d’altitude, le col de la Croix de Peccata représente le point culminant de ce voyage, mais à admirer le magnifique panorama on ne mesure guère cette altitude, car cette région de la Haute-Loire est constituée de hauts plateaux eux-mêmes déjà aux environs de 1000 m. Le sommet du Mt Mézenc tout proche culmine quant à lui à 1753 m ; probablement une belle balade à pied lorsque la neige a fondu et que l’on n’a pas à se soucier d’un vélo avec ses bagages au parking…

Vers la Méditerranée à vélo

Vers la Méditerranée à véloEn descendant vers Les Estables, commune la plus haute du Massif central, j’ai traversé des pâturages couverts de jonquilles.

Vers la Méditerranée à vélo

Vers la Méditerranée à véloJe suis ensuite remonté vers la Ligne de partage de eaux pour repasser en Ardèche et prendre la “Route des sucs” en direction du fameux Mt Gerbier de Jonc, curieux dôme de lave au pied duquel surgissent les trois sources du plus long fleuve de France, la Loire. En été, le lieu est un véritable piège à touristes, avec bazar et parkings bondés, mais au printemps, il n’y a presque personne. D’autres infos sur la région dans cette brochure.

Vers la Méditerranée à véloUn peu plus loin, j’ai plongé dans la descente d’une trentaine de kilomètres vers la vallée où coule la rivière Ardèche. En chemin, je suis passé à côté de la cascade du Ray-Pic, qui dévale sur des parois basaltiques. Un sentier conduit près de la cascade, mais il faut hélas laisser le vélo (et les bagages) sur le parking – donc je n’y suis pas allé. Tandis que l’altitude diminue, la température augmente régulièrement, ce qui est agréable au printemps dans une si longue descente, au cours de laquelle on se refroidit considérablement.

En Ardèche méridionale, les arbres avaient déjà un feuillage bien développé, contrastant avec l’état encore hivernant de leurs cousins du plateau. Je tenais à éviter l’agglomération d’Aubenas, dans laquelle je me suis déjà plus ou moins égaré deux fois et ai décidé de passer par Jaujac, puis de franchir le col de Juvenet pour me rendre dans les collines au nord-ouest de Joyeuse, où j’allais rendre visite à des amis.

Vers la Méditerranée à vélo

Vers la Méditerranée à véloEn descendant derrière le modeste col de la Croix de Millet, j’ai été très impressionné par les innombrables nids de chenilles processionnaires infestant les pins : il y en avait absolument partout sur plusieurs kilomètres.

J’ai beaucoup aimé les gorges sauvages de la Beaume (ou Baume), ainsi que les terrasses en pierres sèches de la basse vallée de la Drobie – qui m’ont rappelé les rizières des pentes himalayennes.

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Vers la Méditerranée à véloPlus haut, dans la châtaigneraie, les murs de pierre, parfois hauts de deux mètres ou plus, couvrent des flancs entiers. Aujourd’hui en partie effondrés, ils avaient été aménagés pour la culture des châtaigniers, dont l’essence reste par endroits largement majoritaire sur les autres espèces (chênes verts, pins et hêtres). Dans les collines, des sentiers oubliés et couverts d’impressionnants amoncellements de feuilles mortes conduisent à des hameaux abandonnés, eux aussi liés à l’exploitation de la châtaigne. Parmi les ruines, on peut en effet observer d’anciennes “clèdes” ou “clédiers”, bâtiments de pierre dans lesquels s’effectuait le séchage des châtaignes.

La région est peu peuplée, mais des petites routes, parfois très étroites, permettent néanmoins de visiter la vallée et ses quelques villages ou hameaux épars.

Vers la Méditerranée à vélo

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Vers la Méditerranée à véloAu-dessus de Sablières, la route monte vers le col de l’Échelette, où l’on rejoint la route de St-Laurent-les-Bains. Il n’y a pas d’ombre sur cette montée, par ailleurs peu difficile, et je me souviens avoir eu très chaud en été 2010.

Vers la Méditerranée à véloEn 2010, j’étais descendu sur Thines et la vallée du Chassezac, mais cette fois j’ai décidé de monter jusqu’à Montselgues, hameau très isolé situé plus ou moins à l’extrémité sud du plateau ardéchois. Juste au-dessus, j’ai atteint le col de Teste Rouge, à 1079 mètres. De là, la vue porte à l’ouest jusqu’au Mt Lozère et la route, étroite, plonge vers la vallée de la Borne, coincée entre Ardèche et Lozère.

Vers la Méditerranée à véloJ’ai donc plongé, en faisant attention aux graviers dans les virages, d’autant plus que la pente est assez soutenue. Il n’y a pratiquement pas de trafic sur cette route silencieuse, que j’imagine volontiers étouffante en été. On aperçoit des maisons en hauteur, sur les flancs de la vallée, et on se demande (avec respect) de quoi vivent les gens dans un endroit aussi “isolé” – par rapport à une certaine norme en Europe francophone. A un certain point, on a le choix de passer sur la rive droite de la Borne, en Lozère, mais j’ai choisi de rester en Ardèche, jugeant d’après la carte que le parcours serait moins “montant et descendant”. Et selon ce que j’ai pu observer sur la rive d’en face, je crois que j’ai eu raison.

De toute façon, ma route allait finir par passer sur l’autre rive : précisément, peu avant le village de Ste-Marguerite-Lafigère, situé au-dessus de la confluence de la Borne avec deux rivières venant de Lozère, dont le Chassezac. D’importants aménagements hydroélectriques donnent à cet endroit silencieux et chaud (même en avril !) un air quelque peu surréaliste. Après avoir traversé la rivière, on arrive immédiatement dans le village de Pied-de-Borne, en Lozère. J’y ai bu un café et vu un petit supermarché. De là, la route remonte en pente douce vers Villefort, bordée de quelques belles formations rocheuses et d’un ancien chemin muletier (?) repérable sur la rive opposée grâce à d’imposants murs de soutènement en pierres sèches.

Au carrefour avec la D906 (trafic moyen), j’ai décidé de ne pas faire le bref aller-retour jusqu’à Villefort et de poursuivre ma route vers Le Bleymard. Je suis d’abord arrivé sur les rives du lac artificiel de Villefort, où le vent du Nord soufflait fort.

Vers la Méditerranée à véloAprès avoir contourné une partie du lac, je me suis engagé dans la vallée de l’Altier, en direction du col des Tribes. La route est assez large, le trafic faible et la pente très modérée. En chemin, j’ai pu admirer deux châteaux construits en contrebas de la route : le château de Castanet (fin XVIe siècle), qui peut être visité en été, et celui du Champ (XIIIe siècle), appartenant à une société familiale privée. J’avais déjà parcouru ce trajet en 2010, en direction de Mende et de l’Aubrac.

Depuis le col des Tribes (1130 m), la route redescend quelque peu jusqu’à Le Bleymard, un villlage de 366 habitants (chiffre de 2011) situé sur le parcours du Chemin de Stevenson, ou GR70. On y trouve un petit supermarché, une boulangerie, quelques cafés, un hôtel-restaurant, un camping municipal (au bord du très jeune Lot) et un gîte d’étape très accueillant, où j’ai beaucoup apprécié la bière qu’on m’a offerte à l’arrivée.

L’étape suivante débutait par l’ascension du col de Finiels (1541 m), franchissant le Mont Lozère. J’avais déjà gravi ce col en 2006, mais dans l’autre sens, au départ de Florac. Depuis Le Bleymard, le parcours est nettement plus facile, avec un dénivelé positif comptant pour moins de la moitié de celui qu’affronte un voyageur venant du sud. Ce printemps toutefois, malgré le vent du Nord qui soufflait la veille et un ciel étoilé à l’heure du coucher, j’ai quitté le gîte au petit matin sous un ciel bas et gris. La pluie était annoncée dès la mi-journée, aussi n’ai-je pas traîné sur la route.

Mes efforts n’ont néanmoins pas été suffisants et une bruine froide a commencé à tomber alors que j’étais dans le dernier tiers de l’ascension. Un peu plus haut, à l’approche du col j’ai dû affronter le brouillard, de fortes bourrasques d’un vent glacial, ainsi que… la neige ! Et bien que chez moi, à Genève, j’aime beaucoup sortir lorsque le paysage blanchit, c’était la première fois qu’il neigeait au cours de l’un de mes voyages à vélo. Ma situation a ému un voyageur en camping car qui est spontanément venu vers moi pour me proposer de me prendre en photo…

Vers la Méditerranée à véloVers la Méditerranée à véloLa température était de 1°C et, à cause de mes gants humides, j’ai commencé à avoir froid aux mains. Je ne suis donc pas resté plus de 5 minutes au sommet et me suis lancé dans la descente. Il a neigé, puis plu tout le long, jusqu’à Pont-de-Montvert. Je devais rouler lentement, car mes mains très engourdies ne me permettaient pas de freiner efficacement, même si je m’arrêtais régulièrement pour les réchauffer en les frottant l’une contre l’autre. Finalement, j’ai été très content de trouver à Pont-de-Montvert un café ouvert en ce dimanche de Pâques, pour me sécher et me réchauffer…

La route descend ensuite tranquillement vers Florac. Ce parcours dans la haute vallée du Tarn m’a beaucoup plu, d’autant plus qu’il n’y avait pas du tout de trafic ce jour férié. Florac est également une étape du Chemin de Stevenson, on y trouve par conséquent de nombreux hébergements (campings et gîtes).

A Florac, j’avais projeté de monter sur le Causse Méjean (voir aussi cet article du Monde), pour le traverser d’est en ouest, car j’en garde un fort souvenir depuis mon voyage de 2006. Mais au matin, un épais brouillard enveloppait le sommet des falaises qui s’élèvent au-dessus de la ville et, ayant déjà parcouru les gorges du Tarn, j’ai choisi de contourner le Causse par le sud et le col de Perjuret, en direction de Millau. C’était le lundi de Pâques, du coup les routes étaient pratiquement désertes. Comme prévu, je suis arrivé dans le brouillard juste avant le col de Perjuret, et n’ai du coup pas regretté de ne pas avoir “fait” le Causse.

Vers la Méditerranée à véloRattrapé par une pluie fine et froide, je ne me suis pas éternisé là-haut. La descente est facile, la pente modérée et grâce à une dissipation rapide du brouillard accompagnée de quelques rayons de soleil, j’ai pu me réchauffer avant d’arriver à Meyrueis, point de départ côté amont des gorges de la Jonte.

Moins longues et moins impressionnantes que les gorges du Tarn toutes proches, elles sont également moins visitées, ce qui constitue une aubaine pour le cycliste qui n’a pas à affronter le trafic de la horde motorisée des touristes. Les falaises calcaires qui surplombent la route sont magnifiques et hébergent de nombreux rapaces, parmi lesquels une population de vautours réintroduits depuis une vingtaine d’années. Au fond du ravin coule la Jonte, qui prend sa source dans le massif du Mont Aigoual et marque la “frontière” entre les départements de la Lozère et de l’Aveyron. Elle sépare également deux causses : le Causse Méjean au Nord et le Causse Noir au sud.

Vers la Méditerranée à vélo

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Vers la Méditerranée à véloParvenu au village Le Rozier, juste avant la confluence avec le Tarn, j’ai traversé la Jonte pour emprunter une petite route tranquille sur la rive gauche et me mettre à l’abri du trafic  arrivant ou à destination des gorges du Tarn. A l’approche de Millau, cette route longe tous les campings de la ville, ce qui est bien pratique.

Au-delà de Millau (22’000 habitants), j’ai passé sous le fameux viaduc : d’accord, ce n’est qu’un pont pour bagnoles et camions, mais le spectacle est assez impressionnant !

Vers la Méditerranée à véloLa route qui longe le Tarn sur la rive gauche est très calme et traverse un ou deux beaux villages jusqu’à St-Rome-de-Tarn, où j’ai quitté la vallée et le fleuve pour virer au sud. Le temps gris et finalement la pluie n’ont pas rendu cette étape particulièrement agréable.

Vers la Méditerranée à véloPassé St-Affrique, j’ai pris la D7, qui suit la vallée de la Sorgues. Cette route à trafic moyen, un peu sinueuse, peut se révéler dangereuse – j’étais donc content de la quitter à St-Félix-de-Sorgues pour monter dans les collines, détrempées et silencieuses. De l’autre côté, je suis redescendu dans la vallée du Dourdou et ai fait étape à Brusque, ancien centre industriel régional aujourd’hui à moitié déserté.

Vers la Méditerranée à véloLe soleil a fait son retour le lendemain matin et j’ai profité d’une lumière magnifique pour monter jusqu’au col de Coustel, qui marque la frontière entre les départements de l’Aveyron et de l’Hérault. Le relief est doux et très boisé, la route offre quelques beaux points de vue sur la vallée du Dourdou qu’elle surplombe et, cerise sur le gâteau, le trafic est à peu près nul. Attention toutefois : pas de bistrot ni boulangerie entre Brusque et St-Gervais-sur-Mare – où ils étaient tous fermés le matin de mon passage…

Vers la Méditerranée à vélo

Vers la Méditerranée à vélo

Vers la Méditerranée à véloL’environnement change lorsqu’on passe sur le versant héraultais : la végétation prend un aspect très méditerranéen, les pentes sont arides, le rocher plus présent. Et la température est montée de quelques degrés – on le mesurera à la belle suée que provoquera l’ascension du col des 13 Vents, après St-Gervais-sur-Mare (court, mais raide !).

Une fois dans la vallée de l’Orb, il n’y a hélas pas beaucoup de moyens de s’en sortir sans devoir affronter le trafic. Et comme je voulais atteindre la mer au soir de cette étape, je me suis résolu à emprunter la D909 à Hérépian, que ma carte Michelin annonçait large. En effet, il y a la plupart du temps (mais pas tout le long) une bande d’arrêt d’urgence qui permet de circuler à vélo en toute sécurité, malgré un trafic important.

De l’autre côté de cette dernière ligne de collines, on arrive dans la plaine côtière de l’Hérault et le fameux vignoble du Languedoc. J’ai eu beaucoup de plaisir à retrouver les odeurs caractéristiques de ce terroir méridional et ai continué à rouler sur la bande d’arrêt d’urgence de la D909 jusqu’à Puimuisson, pour aller plus vite. A Béziers (71’500 hab.), j’ai traversé sans problème la plus grande ville de ce voyage et rejoint, pour les derniers kilomètres avant la Méditerranée, la voie cyclable du Canal du Midi. Quel plaisir de rouler à nouveau à l’ombre de ces majestueux platanes !

Vers la Méditerranée à véloMalheureusement, il a fallu retourner sur la route et, à l’approche de la mer, le trafic s’intensifie autant qu’il devient plus dangereux : les touristes se comportent rarement de manière respectueuse. Certaines routes sont en outre très étroites, sinueuses, et la visibilité est souvent masquée par la végétation – il est par conséquent important de bien choisir son itinéraire.

J’ai pour ma part préféré passer par l’intérieur (Vendres) plutôt que par Valras-Plage, qui est une cité balnéaire très laide et sans âme. L’ancienne route qui longe l’étang de Vendres, assez difficile à trouver, n’est fréquentée que par les piétons ; très dégradée, elle ne convient pas pour les vélos de course. Un peu plus loin, la petite route qui longe l’Aude, la traverse et file vers St-Pierre-sur-Mer et Narbonne-Plage a également subi les assauts du temps et du trafic : gare aux nombreux nids-de-poule !

Vers la Méditerranée à véloC’est à Narbonne-Plage que se trouve la plus belle étendue de sable en bord de mer. La plage y est très large et se poursuit sur des kilomètres en direction de Gruissan. Dans le lointain, on peut même apercevoir les derniers reliefs des Pyrénées Orientales s’abîmer dans la mer. Juste derrière, c’est l’Espagne !

Vers la Méditerranée à vélo

Vers la Méditerranée à véloToutefois, pour ce qui me concerne, le meilleur de la région se trouve juste en retrait de la côte : ayant séjourné plusieurs mois à Narbonne-Plage lors d’une formation il y a quelques années, j’avais découvert avec enchantement le petit massif calcaire de La Clape, qui s’étend sur une grosse quinzaine de kilomètres entre la mer et la ville de Narbonne à l’intérieur. De nombreuses petites routes parcourent les pinèdes et le vignoble omniprésents sur la Clape : essayez la “Route Verte”, ou la “Route Bleue”. Pour les amateurs de randonnée pédestre, il y a aussi des sentiers traversant le massif. Et de belles parois pour les varappeurs !

Vers la Méditerranée à véloA l’extrémité sud-ouest de la Clape, la “Route Verte” débouche sur la D32 (route de Gruissan) ; je l’ai prise quelques centaines de mètres en direction de Narbonne, puis quittée par un chemin agricole qui descend sur la gauche juste après le domaine du Capitoul. J’ai rapidement rejoint la piste cyclable Gruissan-Narbonne, qui longe le canal de la Robine à l’approche de Narbonne. Attention toutefois, car ce sentier est étroit et fréquenté par des piétons. Par endroits, de grosses racines ou passages boueux représentent des obstacles non négligeables, surtout à proximité immédiate du canal… L’itinéraire cyclable conduit sans problème jusqu’au centre de Narbonne, par le Quai Victor Hugo. La ville, très vivante, mérite une balade avant de sauter dans le train du retour.

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Vers la Méditerranée à véloJ’ai beaucoup aimé ce voyage et les régions très variées qu’il m’a permis de traverser – et dans lesquelles je reviens encore et toujours. Est-il besoin de préciser que je déconseille la partie méditerranéenne durant les mois de juillet et août, en tout cas à ceux qui, comme moi, sont à la recherche de lieux authentiques qu’on n’a envie de partager qu’avec la population locale…?

L’itinéraire détaillé de cette route a été publié ici.